Le billet de 500 francs congolais est là

Les billets de 500 francs congolais ont été finalement mis en circulation, le vendredi 26 mars dernier en RDC. Cette nouvelle grosse coupure introduite sur le marché vise à lutter contre la dollarisation de l’économie et à sécuriser les opérateurs économiques. Une mesure qui, selon la Banque Centrale, ne devrait pas générer d’inflation.

Par Firmin Luemba Mutoto

Le nouveau billet de 500 francs congolais (fc) est arrivé. Cette nouvelle valeur faciale est désormais la plus élevée du pays. Après celle de 200 fc injectée en octobre dernier sur le marché, elle rejoint les autres coupures de la gamme monétaire congolaise : 5, 10, 20, 50 et 100 fc. Les centimes, qui étaient également sur support papier, restent quant à elles invisibles depuis deux ou trois bonnes années. En optant pour les gros billets, la Banque Centrale du Congo (BCC) espère apporter une solution pratique et rapide face aux incommodités que la masse de petites coupures crée chez des opérateurs économiques quand il leur faut changer celles-ci en devises fortes, notamment en dollar américain. Une opération d’assainissement financier qui, selon la BCC, ne devrait pas générer d’inflation.

Nécessité des grosses coupures

Sur la question de l’inflation, de nombreux économistes indépendants partagent la position que celle du gouverneur de la BCC. Le 20 octobre dernier, elle avait mis en circulation, au compte-goutte, les billets de 200 fc. Et les prix des denrées n’avaient pas pris l’ascenseur. Ce qui conforte le Gouverneur Jean-Claude Masangu. Celui-ci se veut tout aussi rassurant pour le billet de 500 fc, et justifie son émission par la forte dépréciation de la devise nationale. « Lors du lancement du Franc congolais en 1998, la valeur faciale la plus élevée -soit le billet de 100 fc – équivalait à 72,46 dollars US. A la date d’aujourd’hui, la coupure de 100 fc ne représente plus que 0,26 dollar US. »

Jean-Claude Masangu en souligne quelques conséquences : « Au plan économique, cela entraîne l’utilisation de grandes quantités pour le dénouement des transactions financières. Celles-ci, à leur tour, occasionnant une augmentation du coût des transactions, chose susceptible de se répercuter sur les prix intérieurs. » Dans ce dernier cas, c’est le peuple qui avale la pilule. Pour l’instant, tout est calme au niveau de la population qui n’a pas encore réagi. Pour lutter contre l’inflation, les nouveaux billets vont être injectés progressivement. Le volume total des émissions ne pourra se faire qu’en conformité avec les exigences du Programme économique du gouvernement. Finie l’époque où la Banque Centrale et le gouvernement n’étaient pas sur la même longueur d’ondes.

La place du dollar

Quoi qu’il en soit, la population de la capitale a toujours son regard tourné vers le dollar américain, omniprésent dans le quotidien des Kinois. « Il est incontestable et logique que les gens préfèrent négocier ou garder leur argent en dollar, par rapport à une monnaie congolaise très instable. Néanmoins, signe encourageant, cette dernière ne s’est plus dépréciée face à la devise américaine depuis plusieurs jours », note, depuis Kinshasa, un journaliste économique. La dollarisation de l’économie congolaise a pour origine la manipulation de grandes quantités de billets de banque en franc congolais, ce qui crée un problème de commodité.

Vu sous cet angle, l’émission massive de petites coupures n’est plus à envisager. Moins encore celle de pièces, d’ailleurs jusque-là inexistantes dans l’éventail fiduciaire du pays. Pour la plupart froissées, défraîchies, les petites coupures ont même inspiré les habitants de Kinshasa qui les désignent par « blessés ou rescapés de guerre » !

Embellie économique en perspective ?

Sa politique monétaire fait dire au gouverneur de la BCC qu’« il n’y aura pas de perturbation du taux de change. Car au-delà de cette opération, la banque envisage de reconstituer ses réserves de change, d’adapter l’éventail fiduciaire pour des raisons de commodité et de lutte contre la dollarisation, d’accroître également les liquidités intérieures en vue de rencontrer les besoins de la réunification ( du territoire congolais, ndlr) ».

En termes plus clairs, la BCC veut réapprendre aux uns et aux autres les bonnes habitudes du passé. A savoir : amener les gens à changer, dans les circuits bancaires, leurs francs congolais contre des devises étrangères fortes (principalement en dollar). Ce qui ne se fait plus depuis le vent démocratique des années 90. Cette période a suscité sur toutes les artères de Kinshasa l’explosion de cambistes de rue. Le développement de ces « nouveaux banquiers » a ainsi tué tout le système bancaire officiel. Cela explique donc la position résolue de la BCC en vue de son opération d’assainissement. A cet effet, de sources bien informées, il nous revient que la BCC disposerait déjà de 50 millions de dollars américains à titre de réserve de change. Cela, dans le but justement de répondre aux besoins futurs de ses clients. L’autorité monétaire pense ainsi couper l’herbe sous le pied du cambisme à ciel ouvert.