Le Bénin et ses voisins veulent pacifier la transhumance

Des autorités du nord du Bénin se concertent avec plusieurs pays voisins en vue de mieux intégrer la transhumance des troupeaux aux agricultures locales. Cette pratique, indispensable à l’élevage des ruminants, entraîne des dommages importants à l’environnement et crée de nombreux conflits.

Pour Jean-Claude Bille, spécialiste de l’étude des pâturages*,  » les éleveurs ont un meilleur sens de la nature [que les agriculteurs], dans la mesure où ils n’essaient pas de la transformer. Un paysan, c’est quelqu’un qui transforme la nature, qui utilise un bout de terrain pour en faire autre chose « . Malheureusement, le passage des troupeaux transhumants fait, lui aussi,  » autre chose  » des endroits traversés : il les appauvrit, durablement parfois. C’est toute l’origine du conflit – parfois sanglant – entre éleveurs et agriculteurs. A Parakou au Bénin, le préfet du Borgou et de l’Alibori a réuni une quarantaine de délégués béninois et étrangers afin de trouver une solution internationale au problème.

Les journées de réflexion se sont tenues lundi et mardi, en présence de représentants béninois, togolais, nigériens et burkinabés. Tous venaient de régions traversées par les éleveurs.

Conflits rares, mais sanglants

La transhumance des ruminants est le seul moyen, ancestral d’ailleurs, d’éviter la prolifération des parasites du bétail et l’épuisement de la végétation qui lui sert d’aliment. Le déplacement du troupeau peut être partiel, les veaux, les vieilles vaches et les bêtes malades restant sur le campement de départ, sous la garde des enfants ou des personnes âgées.

Le déplacement des autres bêtes crée de nombreux problèmes de logement, de nourriture et d’eau. Le plus souvent, éleveurs et cultivateurs trouvent cependant un terrain d’entente, notamment par des échanges commerciaux – par exemple des fumures de parcelles contre le glanage des chaumes de mil ou de sorgho.

Deux agronomes de l’Université nationale du Bénin, Gnissa Konaté et Oumar Traoré, ont mis en évidence les dégâts causés par la transhumance dans la sous-préfecture de Banikoara, dans le nord du pays. Selon eux, le piétinement des parcours, mais aussi l’ébranchage des arbres pour le parcage des animaux et la construction de huttes sont directement à l’origine des conflits, rares mais sanglants, entre éleveurs et agriculteurs.

* Le botaniste Jean-Claude Bille est notamment l’auteur des  » Réparateurs de pâturages « , aux éditions l’Inventaire.