Le 10 mai : journée commémorative de l’abolition de l’esclavage en France

Le Président français Jacques Chirac a décidé de faire du 10 mai la journée commémorative de l’abolition de l’esclavage en métropole. Une date qui a nourri de vifs débats. Défendue par Comité pour la mémoire de l’esclavage, présidé par l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé, elle était critiquée par plusieurs associations et députés PS et UMP d’outre-mer qui lui préféraient le 23 mai.

La journée commémorative de l’abolition de l’esclavage aura lieu, en métropole, le 10 mai. Le Président Jacques Chirac l’a annoncé lors d’un discours, lundi, en fin de matinée, après avoir reçu le Comité pour la mémoire de l’esclavage, présidé par l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé. C’est ce Comité qui avait préconisé, dans un rapport rendu public en avril 2005, la date du 10 mai qui correspond à l’adoption définitive, en 2001, de la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Le 10 mai ne se substituera pas aux dates qui existent déjà dans chaque département d’outre-mer : le 27 mai en Guadeloupe, le 10 juin en Guyane, le 22 mai en Martinique, le 20 décembre à la Réunion et le 27 avril à Mayotte.

« Je souhaite que, dès cette année, la France métropolitaine honore le souvenir des esclaves et commémore l’abolition de l’esclavage. Ce sera, comme le propose votre rapport, au terme d’un travail très approfondi, le 10 mai, date anniversaire de l’adoption à l’unanimité par le Sénat, en deuxième et dernière lecture, de la loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Aucune date ne saurait concilier tous les points de vue. Mais ce qui compte, c’est que cette journée existe », a insisté M Chirac, espérant ainsi couper court aux polémiques.

Débats et polémiques

En effet, de vifs débats ont eu lieu autour du choix de la date commémorative. Plusieurs associations défendaient le 23 mai, date d’une manifestation, en 1998, de 40 000 Français originaires des Dom à Paris. Les partis socialiste et communiste s’étaient prononcé pour cette date et le 26 janvier dernier, lors d’une conférence de presse organisée à l’Assemblée nationale, plusieurs députés PS et UMP d’Outre-Mer avaient encore plaidé en sa faveur. Le Comité Condé avait écarté le 23 mai, expliquant que « cette date, fortement associée au travail d’associations principalement antillaises, n’avait pas acquis une portée universelle. »

Le choix du 10 mai risque-t-il de faire perdre, en Outre-Mer, une partie du crédit que Jacques Chirac avait regagné en annonçant la semaine dernière la suppression de l’alinéa sur le « rôle positif » de la colonisation ? Si oui, ce seront le Premier ministre Dominique de Villepin et le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, qui en feront peut-être les frais, car ils doivent tous deux se rendre aux Antilles en mars. Selon le journal Libération, dans l’entourage de Jacques Chirac, on estime que « les polémiques sur la date se dégonfleront progressivement » et on souligne qu’en tout état de cause, la journée de la mémoire sera observée cette année.

« L’esclavage est une blessure »

Dans son discours de lundi, Jacques Chirac a affirmé que « dans l’histoire de l’humanité, l’esclavage est une blessure », « une tragédie dont tous les continents ont été meurtris », « une abomination perpétrée, pendant plusieurs siècles, par les Européens à travers un inqualifiable commerce entre l’Afrique, les Amériques et les îles de l’Océan Indien ». Il a précisé que « l’esclavage a nourri le racisme ». « Le racisme, d’où qu’il vienne, est un crime du cœur et de l’esprit. Il abaisse, il salit, il détruit. Le racisme, c’est l’une des raisons pour lesquelles la mémoire de l’esclavage est une plaie encore vive pour certains de nos concitoyens. »

Le Président souhaite qu’« au-delà de l’abolition, c’est aujourd’hui l’ensemble de la mémoire de l’esclavage, longtemps refoulée, qui doit entrer dans notre histoire : une mémoire qui doit être véritablement partagée ». « Au-delà de cette commémoration, l’esclavage doit trouver sa juste place dans les programmes de l’école primaire, du collège et du lycée. (…) Nous devons également développer la connaissance scientifique de cette tragédie. (…) Enrichir notre savoir, c’est le moyen d’établir la vérité et de sortir de polémiques inutiles. (…) J’ai décidé de confier à Edouard Glissant, l’un de nos plus grands écrivains, homme de la mémoire et de l’universel, la présidence d’une mission de préfiguration d’un Centre national consacré à la traite, à l’esclavage et à leurs abolitions. » Ce centre viendra s’ajouter à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration qui doit ouvrir ses portes en avril 2007 à Paris.