Laurent Gbagbo à Bouaké : « Il nous faut aller aux élections vite, vite, vite »

La paix a été célébrée en grande pompe en Côte d’Ivoire, lundi, dans le centre de Bouaké, ville dont le président Laurent Gbagbo n’avait pas foulé le sol depuis le coup d’Etat du 19 septembre 2002. Pour le chef de l’Etat ivoirien, tout comme son Premier ministre, Guillaume Soro, secrétaire général de l’ex-rébellion des Forces nouvelles, cette visite est l’expression du retour de la paix en Terre d’Eburnie.

Plus de 25 000 Ivoiriens et amis de la Côte d’Ivoire ont célébré dans la liesse le retour de la paix en Côte d’Ivoire marquée par la venue du président ivoirien Laurent Gbagbo à Bouaké, fief de l’ex-rébellion des Forces nouvelles. « Monsieur le Président de la République de Côte d’Ivoire, en venant aujourd’hui à Bouaké, vous avez franchi pour la première fois, depuis le 19 septembre 2002, la ligne de « cessez-le-feu » qui consacrait la partition de fait du pays. Votre venue, dis-je, matérialise ainsi la réunification du territoire ivoirien », a déclaré Guillaume Soro, le Premier ministre ivoirien, durant cette cérémonie de réconciliation nationale dite de la « Flamme de la paix ».

Les élections « vite, vite, vite »

Quelques minutes avant lui, à la tribune, le président Laurent Gbagbo exprimait lui son souhait de voir la tenue des élections présidentielles en Côte d’Ivoire, but ultime de l’accord de paix signé le 4 mars dernier à Ouagadougou entre la rébellion et l’Etat ivoirien. « Il nous faut aller aux élections vite, vite, vite. Vite, vite, vite. A partir d’aujourd’hui, nous sommes dans les préparatifs des élections », a affirmé le chef de l’Etat ivoirien. « Je voudrais dire au Premier ministre qu’il faut transformer l’essai. Le 6 août (veille de la fête de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, ndlr), je m’adresserai à la Nation et je vous donnerai des consignes pour qu’on aille vite ». Par ailleurs, comme un mantra, le président ivoirien a fait répéter à une foule très réactive « la guerre est finie, la guerre est finie ».

A Guillaume Soro, il a exprimé sa gratitude pour avoir accepté de prendre le chemin de la réconciliation. « Il a fallu (qu’il) dise « oui » pour que le dialogue direct ait lieu. Soro Guillaume, je te remercie pour cela », dira Laurent Gbagbo.
Le Premier ministre, pour sa part, a invité le stade de Bouaké, où se déroulait la célébration, à avoir « une pensée pieuse pour toutes les victimes de cette guerre et pour toutes les autres victimes de la violence en politique ». « Aux parents des victimes, nous demandons le pardon. Elles ne seront pas oubliées, a-t-il précisé. C’est du reste à cette fin que le ministère des Déplacés et des Victimes de guerre a été créé. »

Des absences remarquées

« Nous devrons œuvrer pour n’exclure personne, pour ne donner à personne le sentiment d’être exclu », a également insisté Guillaume Soro. Un message qui ne sera pas passé inaperçu. Alors que presque que tout ce que la Côte d’Ivoire comptait de dignitaires avaient fait le déplacement à Bouaké, deux figures politiques majeures manquaient à l’appel. Konan Bédié, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et Alassane Ouattara, le leader du Rassemblement des républicains (RDR).
Pour le premier, l’arrivé tardive de son invitation, soit 72 heures avant l’évènement, serait l’explication de cette absence. La présence d’Alphonse Djédjé Mady, secrétaire général du PDCI et du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), qui rassemble les deux partis, et celle d’Henriette Diabaté, la numéro deux du RDR n’ont pas suffi à faire oublier la défection de leurs leaders. De même l’ancien Premier ministre ivoirien, Charles Konan Banny n’a pas fait le déplacement à Bouaké. Du côté du Front populaire ivoirien (FPI, au pouvoir), Mamadou Coulibaly, le président de l’Assemblée nationale, Simone Gbagbo, l’actuelle première dame de Côte d’Ivoire, qui constituent l’aile dure du parti, n’étaient pas de la fête. Les Ivoiriens présents n’étaient pourtant pas en manque de première dame. L’épouse du père de la Nation ivoirienne, Marie-Thérèse Houphouët-Boigny était de la partie, rajoutant encore une note de symbolisme à l’évènement.

Néanmoins, comme pour signifier que le chemin de la paix est semé d’embûches, l’incendie d’un bûcher d’armes aux environs de 13h (GMT), point d’orgue de cette cérémonie de réconciliation nationale a suscité quelques frayeurs dans les gardes rapprochées des chefs d’Etat et de gouvernement présents et rappelé des mauvais souvenirs aux spectateurs. L’embrasement d’armes, que tenaient auparavant Laurent Gbagbo et Guillaume Soro aux côtés de leurs chefs d’Etat major et dont certaines contenaient encore des balles, en dépit des conseils avisés donnés à l’organisation, ont provoqué la panique à la tribune officielle. Y siégeaient notamment les présidents Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Yayi Boni (Bénin), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Amadou Toumani Touré (Mali) et Faure Gnassingbé (Togo). Les crépitements des armes ont mis fin à la flamme de la paix, que les pompiers sont venus éteindre de toute urgence. Les colombes, qui devaient succéder aux volutes de fumée dans le ciel, ont elles aussi fait des siennes. Trop longtemps prisonnières, les oiseaux ont eu du mal à prendre leur envol. Qui a dit que faire la paix était facile ? Les Ivoiriens ont de longs mois encore devant eux pour en faire l’expérience.