Lars Von Trier, ses acteurs, et l’esclavage


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Le réalisateur danois Lars Von Trier s’est attaqué, dans Manderlay présenté au festival de Cannes, à l’épineux sujet de l’esclavage aux Etats-Unis. Parmi les acteurs noirs, l’Américain Danny Glover, l’Ivoirien Isaach de Bankolé ou la Britannique Mona Hammond, d’accord avec le parti pris du cinéaste : l’abolition n’a pas balayé le racisme et la ségrégation.

Dans Manderlay, second opus d’une trilogie signée Lars Von Trier, présenté à Cannes le 16 mai dernier, dix acteurs noirs venus de Londres ou des Etats-Unis, composent la majorité du casting. Assez logique pour un film qui propose une réflexion provocatrice sur le thème de l’esclavage aux Etats-Unis : pour le réalisateur danois, l’abolition de l’esclavage n’a rien résolu. La ségrégation et le racisme ont simplement pris d’autres formes. Dans l’épais dossier de presse du film, acteurs et réalisateur s’expriment sur le sujet et relancent le débat. En première ligne, Isaach de Bankolé, qui incarne Timothy, jeune esclave fier et dissimulateur. Il tire une grande satisfaction de cette expérience : « Ma rencontre avec les autres acteurs Noirs a été un moment magnifique, alors que nous sommes tous différents, venant d’endroits différents ». D’origine ivoirienne mais vivant aux Etats-Unis, il estime que là-bas, « ségrégation et racisme sont toujours présents, moi-même je l’ai senti ».

Une impression partagée par Dany Glover, vivant également aux Etats-Unis, et qui incarne le doyen des esclaves : « aujourd’hui, il y a plus de Noirs en prison qu’à l’université ». Il se souvient d’ailleurs avoir souffert, enfant, de voir encore des quartiers séparés, des écoles séparées, et des zones de bus séparées dans le Sud des Etats-Unis, où il rendait visite à ses grands-parents. Bien qu’il ait d’abord hésité devant le scénario, Dany Glover a fini par s’investir totalement dans Manderlay car « ce qui m’importe, c’est que ce sujet très douloureux soit traité de la meilleure manière possible ». L’acteur va réaliser un premier long métrage sur le révolutionnaire Haïtien Toussaint Louverture.

Pour Mona Hammond qui joue la vielle Wilma, le tournage a été une opportunité rare : « il n’y a pas beaucoup d’occasions comme ça pour une actrice noire à Londres. J’ai vu le monde du théâtre et de la télévision dépasser le stade où les actrices noires n’étaient que serveuses, agents de nettoyage dans le métro, ou pin-up aux bras d’hommes blancs fortunés. J’ai vu ce changement, mais on est encore loin du compte ». Lars Von Trier propose, quant à lui, des personnages enfin nuancés, loin de la caricature, humains, donc pétris de défauts et de faiblesses. Le réalisateur estime que : « qu’on fait un pas en avant dans Manderlay ». Il n’a pas été évident de trouver des acteurs noirs américains qui osent participer au projet, sur un sujet aussi explosif aux Etats-Unis. Mais il faudra attendre la sortie en France et de l’autre côté de l’Atlantique pour continuer le débat.

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