Maroc, Lalla Salma : l’échec de Mohammed VI

Alors que l’on fête les vingt ans de règne de Mohammed VI, deux décennies rythmées par des lois et de grands projets, c’est un évènement intime qui occupe le devant de la scène et vient éclairer d’un jour nouveau le bilan du monarque à la tête de son pays. À moins que cela ne l’éclipse totalement…

Le grand écart

Dans un pays traversé par le TGV et où se déploie la 4G, mais qui est également en proie à de grands conservatismes – qu’ils soient hérités de la religion ou de pratiques quasi féodales – cela fait maintenant plus d’un an que la princesse Lalla Salma, épouse du roi Mohammed VI, n’a plus été vue en public. Sa dernière apparition officielle remonte à fin 2017. Depuis, ni le roi ni son cabinet n’ont communiqué sur cette absence.

Il n’en fallait pas plus pour que les tabloïds s’emparent du sujet. À leur suite, notre imaginaire nourri de contes – des Mille et une nuits à Barbe-bleue – se trouve assailli de terribles pensées : le roi a-t-il répudié sa femme ? L’a-t-il fait enfermer ou même assassiner ? Des interrogations auxquelles on pourrait ajouter une version moderne post-#MeToo : à l’instar des princesses du Golfe, Lalla Salma a-t-elle quitté le roi ? Au delà du feuilleton qui fait vendre du papier, et quel que soit le secret de ce couple, se pose la question de l’impact de « l’affaire Lalla Salma » sur le règne de Mohammed VI.

La faute politique

À l’heure de Twitter et de Facebook, ne pas communiquer sur une séparation, un divorce (ou même l’absence d’un divorce !) est une double faute politique. Cela laisse d’abord la porte ouverte à toutes les spéculations – des explications les plus plausibles aux théories les plus farfelues – et cette incertitude affaiblit le roi dans l’exercice de son pouvoir. Ensuite, après avoir promu par son mariage une femme diplômée, après l’avoir encouragée dans son oeuvre d’émancipation des femmes marocaines, voilà que le roi la renvoie dans l’ombre et l’efface du tableau comme si elle n’avait jamais existé : le message envoyé aux marocaines, et aux femmes du monde entier, est désastreux.

Les deux corps du roi

Alors, comment sortir de cette impasse ? Ne plus s’enfermer dans le déni et accepter la réalité. Un roi n’est pas un dieu, un roi est un homme. Un roi moderne peut quitter sa femme ou être quitté (les présidents français, François Hollande pour le premier cas et Nicolas Sarkozy pour le second, y ont survécu), comme un monarque peut exercer le pouvoir en étant célibataire. Accepter pleinement sa condition, c’est être en phase avec soi et avec le monde. C’est en assumant son corps terrestre mortel que Mohammed VI renforcera son corps politique immortel.