La Zamba du Che par Victor Jara


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Victor jara
Victor Jara huile sur toile par Mustapha Saha

Victor Jara (1932 – 1973), poète, compositeur, chanteur, dramaturge, metteur en scène, universitaire.

Coup d’Etat fasciste du 11 septembre 1973 au Chili. Victor Jara est arrêté par les militaires, torturé, emprisonné, avec cinq mille autres réclusionnaires, dans l’Estadio Chile, qui porte aujourd’hui son nom, et dans l’Estadio National, criblé de balles, les doigts broyés à coups de crosses et de bottes, pour qu’il ne pince plus sa guitare, pour n’écrive plus, pour qu’il ne dénonce plus la bête immonde. Il griffonne, avant d’être assassiné, un dernier poème, inachevé, Canto qué mal mes sales (Mon chant, comme tu me viens mal), qui s’immortalise en passant de main en main.

La Zamba du Che
Par Victor Jara

Je viens en chantant cette zamba
Avec un tambour libertaire,
On a tué le guérillero
Le commandant, Che Guevara.
Forêts, pampas et montagnes
La patrie ou la mort, son destin.
Car les droits de l’Homme
Sont violés dans tellement d’endroits,
En Amérique latine
Le dimanche, lundi et mardi.
On nous impose des militaires
Pour subjuguer les peuples,
Des dictateurs, des assassins,
Des gorilles et des généraux.
On exploite le paysan,
Le mineur et l’ouvrier,
Tant de douleur, son destin,
Faim, misère et douleur.
Bolívar lui a montré le chemin
Et Guevara la suivi:
Libérer notre peuple
Du pouvoir exploiteur.
A Cuba il a reçu la gloire
De la nation libérée.
La Bolivie pleure aussi
Sa vie sacrifiée.
Saint Ernesto de La Higuera1
L’appellent les paysans,
Les forêts, les pampas et les montagnes,
La patrie ou la mort, son destin. Victor Jara
Pourquoi cette légende, cette mythologie guevariste ? « Pourquoi le Che a cette dangereuse habitude de continuer de naître ? Plus ils l’insultent, le manipulent, le trahissent, plus il naît ? Serait-ce parce que le Che disait ce qu’il pensait et faisait ce qu’il disait ? N’est-ce pas parce que cela continue d’être extraordinaire, dans un monde où les mots et les faits se rencontrent si rarement, et, lorsqu’ils se rencontrent, ils ne se saluent pas parce qu’ils ne se reconnaissent pas ? » (Edwardo Galeano). Edwardo Galeano (1940 – 2015), écrivain, dramaturge uruguayen, auteur des Veines ouvertes de l’Amérique latine 1971, (traduction française éditions Plon, collection Terre humaine, 1981), où il expose l’histoire du pillage des ressources naturelles de l’Amérique latine depuis le début de la colonisation européenne au XVIème siècle jusqu‘à l’époque contemporaine. « La pauvreté de l’humain est une conséquence de la richesse de la terre ». « Le développement est un voyage avec plus de naufragés que de navigants ».

« Che Guevara était l’homme le plus cultivé, une des intelligences les plus lucides de la révolution. Je l’ai vu. La douceur et l’humour dont il faisait preuve envers ses invités, il faudrait être fou pour croire qu’il les empruntait les jours de réception. Malgré leur intermittence, ses sentiments étaient bien à lui » (Jean-Paul Sartre).

Quand Abdellah Ibrahim invite Che Guevara au Maroc, il lui recommande, par prudence, de l’appeler sur son téléphone personnel. Le prince héritier Moulay Hassan, alerté de l’arrivée à l’aéroport de Rabat de Che Guevara et de ses collaborateurs en uniformes, les met aux arrêts et les assigne à résidence pendant quarante-huit heures à l’hôtel Balima. Abdellah Ibrahim intervient pour libérer les otages, les installer dans une villa à Souissi et leur réserver un accueil digne de leur importance. Dès le lendemain, des négociations sont engagées entre le gouvernement marocain et la délégation cubaine avec des accords économiques mutuellement profitables, sucre de canne cubain en échange des céréales et des phosphates marocains notamment. La guerre des sables de 1963 met fin à la bonne entente. Jusqu’à la rupture des relations diplomatiques en 1980, plusieurs dizaines d’étudiants marocains fréquentent les universités cubaines, la liaison aérienne hebdomadaire entre Moscou et La Havane, assurée par la compagnie soviétique Aeroflot, fait escale à Rabat. Trente-sept d’une regrettable glaciation. Ce n’est qu’en 2017 que le Roi Mohammed VI entreprend de réconcilier les deux pays à l’occasion d’un voyage privé dans les Caraïbes. Erreurs du passé, de part et d’autre, lourdes de conséquences, réparés. Les nouvelles ambassades sont installées en 2018. Le Souverain acquiert dix-huit tableaux de l’artiste cubain Michel Mirabal qu’il invite à réaliser une fresque murale à Marrakech. Le salut du monde passe par l’art et la poésie.

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LIRE LA BIO
Mustapha Saha, sociologue, écrivain, artiste peintre, cofondateur du Mouvement du 22 Mars et figure nanterroise de Mai 68. Sociologue-conseiller au Palais de l’Elysée pendant la présidence de François Hollande. Livres récents : Haïm Zafrani Penseur de la diversité (éditions Hémisphères/éditions Maisonneuve & Larose, Paris), « Le Calligraphe des sables » (éditions Orion, Casablanca).
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