La traque aux réfugiés à Paris continue, violente évacuation Avenue de Flandre

La chasse aux réfugiés à Paris se poursuit. Les forces de l’ordre armées de matraques et de bombes lacrymogènes ont violemment évacué une centaine de réfugiés originaires majoritairement du Soudan, toujours sans logement, dormant à même le sol, Avenue de Flandre, dans le 19ème arrondissement de la capitale française, près du métro Stalingrad.

Comme il fallait s’y attendre, les CRS n’ont pas mené leur évacuation dans la dentelle. Dimanche soir, aux alentours de 22h00, armés de matraques et de bombes lacrymogènes, ils n’ont pas hésité à déloger brutalement les réfugiés, la plupart originaires du Soudan, installés sur l’avenue de Flandre, à même le sol, en attendant d’avoir un logement. De nombreux soutiens aux migrants ont tenté de s’interposer, en vain, pour les protéger des CRS. Beaucoup d’entre eux, dont la journaliste venue d’Espagne, Paula Palacios, accompagnée de son caméraman, ont filmé la scène.

Les bénévoles qui se relaient depuis le début de cette crise humanitaire à Paris pour prêter main forte aux réfugiés ne cachent pas leur désarroi. Ils sont encore sous le choc ! C’est le cas de Marine, jeune bénévole, jointe par Afrik.com, qui était en première ligne au moment de l’intervention des forces de l’ordre. « J’ai vraiment passé une sale nuit ! Tout a commencé vers 22h30. On a aperçu leurs voitures qui stationnaient alors qu’on distribuait les repas du soir aux migrants. On s’est dit au départ : »ils ne viennent pas pour nous ». Mais 20 minutes après, leurs voitures étaient toujours là. On s’est alors dit : « Tiens, ils viennent peut-être pour nous en fin de compte », raconte Marine. « Ils se sont alors rapprochés de nous et l’un d’eux à dit dans le microphone : « Dispersez-vous ! », demandant aux migrants de se mettre par petits groupes de cinq et d’aller dans les rues d’à côté, souligne la jeune femme. Ces derniers ont bien évidemment refusé de s’en aller. Les CRS ont alors commencé à charger à coups de matraques abrités derrière leurs boucliers. Ils chargeaient comme des cow-boys, comme si nous étions des animaux ! Ils ont fait tomber de nombreux migrants par terre, blessant certains d’entre eux

« Le problème c’est que les forces de l’ordre viennent désormais tous les jours depuis un mois pour forcer les migrants à partir, mais ils n’ont nulle part où aller! »

Selon Marine, « le problème c’est que les forces de l’ordre viennent désormais tous les jours depuis un mois pour tenter de disperser les migrants en les forçant à partir, mais ils n’ont nulle part où aller ! Vous vous rendez-compte j’ai rencontré une Soudanaise qui a été brutalisée par la police ici et qui m’a dit que pour elle la police française se comporte de la même façon que celle du Soudan. C’est grave !», s’écrie-t-elle. « Ce qui me dérange aussi dans tout cela, c’est que j’ai l’impression que les bénévoles font le travail des pouvoirs publics qui sont totalement absents depuis le début de la crise ! Mais dans le même temps, nous n’avons pas vraiment le choix. On ne peut pas faire autrement. On ne peut pas laisser les migrants mourir de faim !», s’emporte la jeune femme.

« La police française se comporte comme la police soudanaise ! »

Révoltés par les brutalités policières, qui se multiplient, les bénévoles, qui viennent en aide aux réfugiés depuis que la France a vu arriver sur son sol de nombreux migrants fuyant les conflits dans leurs pays, n’ont pas caché leur colère. Sur les réseaux sociaux, l’intervention policière a été très commentée. Ils comptent se mobiliser pour sensibiliser la population française aux difficultés que vivent les réfugiés à Paris, qui sont encore nombreux à dormir dans la rue, sans eau ni nourriture. « Suite à la traque et aux violences policières sur les migrants, hommes, femmes et enfants, particulièrement violente hier soir (5 blessés), nous appelons à un rassemblement pacifique à 18h devant le Commissariat du 19ème 3 rue Erik Satie. Info : www.exilesparis.org », a indiqué, pour sa part, Laurent Grossmann, sur le groupe ACTIONS2, créé sur Facebook par des soutiens aux réfugiés.

Selon les estimations, toutefois très approximatives, de 20 à 100 migrants entreraient chaque jour sur le territoire français. Autant dire que cette crise migratoire n’est pas prête d’être résolue. Mais le sens de telles interventions brutales de la police n’est pas facile à saisir. Car ces dispersions violentes ne visent qu’à éparpiller temporairement des sans-logis qui ne peuvent pas réagir autrement qu’en se rassemblant à nouveau un peu plus loin, afin de se protéger et de se soutenir mutuellement. Elles rendent par ailleurs plus complexe la gestion de leur accueil et de leur subsistance. Une question dont les autorités semblent bien loin de se préoccuper.