La société civile ouest-africaine se mobilise contre le troisième mandat d’Alpha Condé

Des organisations de la société civile ouest-africaine ont publié une déclaration dans laquelle elles condamnent vertement le désordre orchestré en Guinée par le Président Alpha Condé, candidat contesté à un troisième mandat. Face à l’incapacité avérée de la CEDEAO, ces organisations appellent à une mobilisation internationale.

Vingt organisations de la société civile ouest-africaine ont publié, hier mardi 29 septembre 2020, une déclaration commune pour dénoncer les dérives du pouvoir d’Alpha Condé qui, en se déclarant candidat pour un troisième mandat, met en péril la paix et la démocratie, non seulement dans son pays, mais dans toute la sous-région. Il s’agit de : Mouvement Y’en A Marre (Sénégal), Balai Citoyen (Burkina Faso), Afrikajom Center, Tournons La Page (Niger), FRAPP (Sénégal), Tournons La Page Côte d’Ivoire, Rencontre Africaine de Défense des Droits de l’Homme, Ligue Sénégalaise de Défense des Droits de l’Homme (Sénégal), Tournons La Page (Guinée), AfricTivistes, ONG3D (Sénégal), Africans Ricing, Collectif des Organisations de la Société Civile pour les Elections (COSCE) – Sénégal, Front Citoyen Togo DEBOUT, FNDC (Guinée), Groupe de Recherche et d’Appui Conseil pour la Démocratie Participative et la Bonne Gouvernance (GRADEC) – Sénégal, Mazine NDIAYE (Sénégal), RADI ( Recherche – Action pour le Développement Intégré) – Sénégal, Forum Social Sénégalais, Centre Pour La Démocratie et le Développement (CDD) – Nigeria.

Une CEDEAO incapable

Les organisations de la société civile et mouvements citoyens ouest-africains signataires de la déclaration déplorent l’incapacité de la CEDEAO à prendre les mesures idoines pour empêcher les dérives des dirigeants de ses Etats membres, comme on l’observe aujourd’hui avec Alpha Condé. Mais selon ces organisations, les raisons de cette incapacité de l’institution sous-régionale sont à chercher dans sa structure organisationnelle elle-même qui, en accordant tous les pouvoirs aux chefs des Etats membres au détriment des peuples, devient tout simplement un syndicat des chefs d’Etat.

Morceaux choisis de la déclaration : « Cette situation a démontré toutes les limites sociales de notre institution sous-régionale, la CEDEAO, qui est pilotée par nos présidents de la République qui cumulent en même temps les fonctions de chef de l’Exécutif, en s’appuyant sur une « Commission exécutive » dont les membres sont nommés par eux-mêmes, et sur un Parlement consultatif, dont les membres sont issus de l’Assemblée nationale de chaque pays membre.

Cette structuration de l’institution sous-régionale exclut ainsi, tout contrôle du peuple sur les décisions prises par les présidents de la République durant tout leur mandat respectif. Ce que reflète la situation institutionnelle qui existe dans chacun de ces pays membres, à l’exception du Cap-Vert et de la Guinée-Bissau, même si celle-ci est encouragée par ses pairs à renoncer à son régime parlementaire, en faveur des leurs ».

Un soutien sans faille de la société civile sous-régionale au peuple de Guinée

Les organisations signataires de la déclaration expriment leur soutien sans faille au peuple de Guinée qui s’est mobilisé comme un seul homme pour barrer la route à la forfaiture d’Alpha Condé. Elles déplorent la répression qui « a coûté la vie à des centaines de civils tués au cours des manifestations citoyennes réprimées par les forces de défense et de sécurité guinéennes ».
La société civile condamne vertement l’attitude d’Alpha Condé pour n’avoir pas « tenu compte des mouvements de contestations grandissants de sa population qui, dans son écrasante majorité, rejette son projet de troisième mandat à cause des risques incommensurables que cela fait courir au pays et à la sous-région Ouest-Africaine ».

C’est pourquoi les vingt organisations de la société civile et mouvements citoyens ouest-africains déclarent : « A cette phase très critique de la situation en Guinée, marquée par la reprise des manifestions citoyennes du FNDC, contre le troisième mandat, ce mardi 29 septembre 2020, à Conakry, et la candidature contestée d’Alpha Condé aux élections présidentielles du 18 octobre, la mobilisation de la société civile sous-régionale et de tous les démocrates est une nécessité absolue pour préserver la démocratie, la paix et la stabilité dans ce pays. Car, le maintien d’Alpha Condé au pouvoir au-delà de ses deux mandats est une menace potentielle et imminente pour la paix et la stabilité en Guinée et dans la sous-région.

Les Organisations de la Société Civile et Mouvements Citoyens Ouest-africains, qui sont signataires de la présente déclaration apportent leur soutien au peuple guinéen, au FNDC qui est à l’avant-garde de ce mouvement de contestation. Ils exigent la libération immédiate et sans conditions de tous les activistes illégalement détenus ainsi que la conduite d’enquêtes sur les tueries et violences ».

Un appel à la communauté internationale

Consciente des limites de la CEDEAO qu’elle a mises en relief dans sa déclaration, la société civile ouest-africaine se tourne alors vers la communauté internationale et interpelle :
« les Nations Unies de passer du principe de subsidiarité à l’action directe car ledit principe a montré ses limites dans le cadre de la gestion de la crise en Guinée par la CEDEAO, constituant ainsi un frein à l’implication et à la mobilisation de la communauté internationale pour éviter le chaos en République de Guinée;
le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme à œuvrer pour l’envoi d’une commission d’enquête internationale en République de Guinée pour enquêter sur les graves violations des Droits de l’Homme enregistrées pendant les manifestations du FNDC.
Les organisations de la société civile et mouvements citoyens ouest-africains réaffirment leur disponibilité à accompagner le peuple de Guinée dans sa légitime lutte pour l’instauration d’une culture démocratique en République de Guinée ».