La sécurité sociale doit être un investissement en Afrique

Etendre la protection sociale à un maximum de personnes en Afrique est un des objectifs affichés par l’Organisation internationale du travail. La division Afrique de l’agence des Nations a lancé deux programmes qui s’inscrivent dans cette dynamique. Le Quatrain vise à renforcer les capacités des gestionnaires des systèmes de sécurité sociale et le Migsec entend trouver des solutions pour étendre la protection sociale aux travailleurs migrants.

En Afrique subsaharienne, le pourcentage de personnes disposant d’une couverture sociale varie entre 5 et 10%, voire 12%. Ce chiffre avoisine les 50% dans les pays du Maghreb, plus développés. Le Bureau régional de l’Organisation internationale du travail (OIT) a lancé mardi, dans le cadre de la promotion du travail décent en Afrique, deux programmes en matière de sécurité sociale qui s’étendront sur la période 2008-2011. Le Migsec – « Extension de la couverture en sécurité sociale aux travailleurs migrants africains » vise à assurer une meilleure couverture sociale aux travailleurs migrants africains et le Quatrain – « Quantitative training » – a pour objectif de renforcer les capacités de gouvernance financière des systèmes de protection sociale. « Faire en sorte que tous les citoyens en activité bénéficient d’une couverture de l’ensemble des risques sociaux », rappelle Tharcisse Nkanagu, coordonateur de la sécurité sociale au département de la sécurité sociale du Bureau international du travail (BIT), est l’un des piliers du travail décent que promeut l’Organisation internationale du travail.

Investir dans la sécurité sociale pour générer de la croissance

Si les pays africains disposent souvent d’un embryon de sécurité sociale, ils manquent généralement de ressources pour financer des services peu performants. « Leurs ressources sont certes limitées, mais si on lit les lignes budgétaires, on se rend bien compte que la protection sociale n’est pas une priorité alors qu’elle participe du système de transferts vers les populations les plus défavorisées ». Le responsable du BIT estime que la non-prise en compte de la protection sociale dans les stratégies de développement est la raison pour laquelle les pays Africains n’en profitent pas en termes de croissance. Ils gagneraient à suivre l’exemple mauricien, qui en 30 ans, a pu progressivement sortir de la pauvreté en intégrant, entre autres, cet aspect prépondérant de la couverture sociale.

« Après la seconde guerre, c’est la sécurité sociale qui a permis de reconstruire l’Europe, insiste Tharcisse Nkanagu. Si on fait de la sécurité sociale une priorité, on se donne les moyens d’offrir plus de pouvoir d’achat aux populations les plus démunies, qui une fois nanties de capacités économiques grâce à la sécurité sociale, peuvent contribuer au dynamisme de l’économie en stimulant la demande. Comment espérer un jour faire contribuer une femme ingénieur de 30 ans au développement de son pays si elle n’a pas été nourrie et soignée ? L’éducation, la prise en charge des frais de santé, les revenus pour l’alimentation, qui constituent la base des services sociaux, sont des ressources qui mettent les familles à l’abri des besoins élémentaires. Quand une famille peut s’acheter du pain, elle fait vivre le boulanger et l’agriculteur qui se trouve en bout de chaîne. L’argent alloué par la sécurité sociale revient par ce biais dans l’économie. La sécurité sociale n’est pas une charge, c’est un investissement. »

Offrir une couverture sociale aux travailleurs migrants

La protection sociale de base induit un cercle vertueux économique dont les politiques doivent prendre en considération. Le programme Quatrain s’adresse aux décideurs et gestionnaires financiers des systèmes de sécurité sociale et souhaite éveiller une prise de conscience afin de garantir des services sociaux à la population. Des usagers qui ne sont pas toujours dans leur pays. C’est à ceux-là que le projet Migsec est destiné. « Les travailleurs migrants contribuent souvent à la sécurité sociale mais ne jouissent d’aucune allocation », note Ibrahim Awad, directeur du programme des migrations internationales au BIT. Leur permettre d’accumuler les périodes de couverture afin qu’ils jouissent des services sociaux où qu’ils se trouvent supposent qu’ils soient enregistrés dans leur pays d’accueil et d’origine et que des accords bilatéraux et multilatéraux existent pour rendre la coopération possible entre les différentes administrations.

Les pays qui participeront à ce programme triennal bénéficieront de l’expertise du BIT dans la mise sur pied de systèmes adéquats. Autre alternative qui sera encouragée dans le cadre du Migsec, et qui concerne une grande partie des migrants : les systèmes volontaires de protection sociale. Ils permettent, et les Philippines sont un bon modèle en la matière, aux personnes actives dans l’informel de profiter d’une protection sociale offerte par leur pays d’origine. Le continent africain compte quelque 20 millions de travailleurs migrants dont 70% circulent à l’intérieur du continent.