La route des mers

Maire-Anne Badel et Olivier Denizeau

Vingt-sept pays sur trois continents, Marie-Anne Badel et Olivier Denizeau embarqueront, en juin prochain, pour une périple de seize mois autour du globe, dont six en Afrique. « La route des mers » s’annonce comme une aventure humaine et pédagogique où le couple se propose de faire découvrir des possibilités d’utilisation durable de la mer à près de 200 écoliers, qui les suivront pas à pas depuis la France. Interview.

Tout quitter pour l’aventure. Tout quitter pour un voyage de seize mois autour du monde, dont six en Afrique. C’est ce que Marie-Anne Badel et son compagnon Olivier Denizeau ont décidé de faire à travers un projet joignant l’utile à l’agréable. Car cette ancienne journaliste de L’Intelligent et ce gérant de société informatique, respectivement âgés de 29 et de 32 ans, ont pensé et conçu «La route des mers », comme une initiative pédagogique. Une quinzaine d’enseignants et leurs classes sont en effet partenaires de ce singulier périple au cours duquel le couple se propose de leur faire découvrir la planète bleue dans toute sa fragilité et sa splendeur. Départ prévu en juin prochain.

Afrik : Comment est née cette idée?

Olivier Denizeau :
Personnellement, cela fait quinze ans que je pense à un tel voyage. Mais le projet a véritablement commencé à mûrir il y a trois ans et demi. En tant que plongeur et passionné de voile, j’ai toujours entretenu un rapport étroit avec la mer. Nous ne sommes ni des spécialistes ni des scientifiques. Ce que nous voulons faire, c’est essayer de comprendre comment les hommes vivent avec la mer et montrer que dans bien des cas, il est possible d’utiliser ses richesses tout en la préservant.

Marie-Anne Badel : J’ai toujours été très sensible à ce qui touche à la dégradation de notre planète et à l’environnement en général. Dans le cadre de mon travail à Jeune Afrique L’Intelligent, j’ai été amenée à faire un voyage avec la WWF (World wide fund for nature , ndlr) sur le thème de la pêche intensive en Afrique de l’Ouest. Cette expérience m’a beaucoup marquée.

Afrik : Pourquoi avez-vous choisi de vous adresser aux enfants dans le cadre du projet?

Marie-Anne Badel :
Le projet concerne des classes de CE2, CM1 et CM2 (les enfants sont âgés de 10 à 12 ans, ndlr). Nous allons « répertorier » des initiatives de gestion durable des ressources marines comme la protection d’espèces menacées, l’écotourisme, la gestion d’aires marines protégées, l’éducation à l’environnement, les clubs de plongée « responsables »…et faire part de nos découvertes aux enfants, via notre site Internet. Il faut éduquer et sensibiliser les jeunes le plus tôt possible afin qu’ils apprennent à préserver et respecter l’environnement.

Afrik : Quelle est concrètement la portée pédagogique de votre projet?

Marie-Anne Badel :
Dès le mois de mai, nous commencerons à faire le tour des classes pour expliquer notre projet aux enfants qui nous suivront dès la rentrée de septembre. Pendant le voyage, nous alimenterons notre site Internet avec des fiches « découverte de la mer » et « découverte du monde » et enverrons régulièrement des CD d’images et de vidéos aux instituteurs des classes partenaires (au moins un envoi par mois). Les enseignants utiliseront ces informations comme supports pédagogiques pour travailler avec leurs élèves. Cet échange sera interactif. Les enfants pourront nous poser des questions sur un forum de discussion, ce qui permettra à chaque classe de visualiser les questions des autres.

Afrik : Combien d’écoles sont partenaires?

Marie-Anne Badel :
Une quinzaine d’écoles suivront nos aventures. Malgré la demande, nous ne voulions pas en avoir plus car nous n’aurions pas pu assurer un vrai suivi.

Afrik : Vous partez complètement à l’aventure ou vous avez déjà prévu des choses bien précises?

Marie-Anne Badel :
Nous ne partons pas du tout au hasard. L’itinéraire et le planning sont fixés. De même, nous avons contacté par mail des Organisations non gouvernementales qui travaillant sur le terrain. Elles seront nos points de chute. D’autre part, nous serons les ambassadeurs de l’association longitude 181, présidée par François Sarano, ancien directeur scientifique de la Calypso. Cette association a établi une charte du plongeur responsable et répertorie les clubs qui préservent les fonds marins.

Afrik : Comment se prépare-t-on psychologiquement à un voyage de seize mois à travers le monde et comment ont réagi vos familles respectives?

Olivier Denizeau :
Je suis conscient que nous allons changer de vie et c’est d’ailleurs l’un de nos buts. Ma famille a une âme de voyageur, mes parents sont très contents que je réalise l’un de leurs rêves de jeunesse.

Marie-Ane Badel : Pour ma part, je n’ai pas vraiment conscience des bouleversements que ce voyage va provoquer. Mais une chose est sûre : lorsque nous allons rentrer, plus rien ne sera pareil. Ma famille nourrit quelques inquiétudes car nous allons traverser des pays qui font parfois peur. Mais de nombreux voyageurs l’ont fait avant et le feront après nous.

Afrik : Quel moyen de transport allez-vous utiliser pour voyager?

Olivier Denizeau :
La voiture car elle nous permettra de longer les côtes et de nous arrêter facilement. Comme nous n’avions pas beaucoup d’argent, nous avons acheté un Land Rover Defender de 1987 avec 350 000 km au compteur. Il fallait une révision complète du véhicule, à laquelle je m’attèle depuis près d’un an. J’aménage la voiture en véritable petit camping-car où l’on va pouvoir dormir, faire la cuisine et se laver.

Afrik : Quel est le budget total d’une telle aventure?

Marie-Anne Badel :
Plus de 70 000 euros. Les principales dépenses sont celles liées à l’achat et à la révision de la voiture, les diverses traversées en bateau ( pour passer de la Jordanie à l’Egypte, de l’Egypte au Soudan puis de l’Afrique en Amérique et pour éviter la Colombie), les frais de visas (en Afrique notamment) et le montage du projet avec les écoles (envoi de CD, téléphone, Internet).

Afrik : Vous fonctionnez sur un volant de subventions, de dons ?

Marie-Anne Badel :
Depuis quelques mois, nous cherchons activement des partenaires. Cela a porté ses fruits puisque plusieurs nous ont déjà apporté leur soutien (Champion, Auchan, Cacharel, Pierre Fabre…). C’est très difficile car nous ne sommes pas les seuls à vouloir « découvrir » le monde. Mais l’important est de savoir ce que l’on veut et surtout, de le réaliser.