La Réunion : les attaques des requins, une menace pour le tourisme

Les requins gagnent le littoral réunionais. L’île connue pour ses belles plages, son tourisme exaltant, a été contrainte de revoir sa politique sur la gestion de ses mers depuis les attaques répétitives des squales, venues remettre en cause un endroit plébiscité par de nombreux touristes, adeptes de la mer et du surf. Retour sur ces événements meurtriers qui bouleversent le quotidien de la communauté réunionnaise.

L’un était surfeur, et l’une était une simple baigneuse. Leur point commun, c’est la mer. Ou plutôt les requins. C’est trop tard! On ne pourra pas leur demander si eux aussi étaient des défenseurs de la cause des requins. Hélas ils ont quitté ce monde. A l’image de la petite Sarah, 15 ans, qui a vu son compteur « vie » s’arrêter à la rencontre d’un squale. Un destin terrible.
Une autre histoire digne d’un film de drame hollywoodien, un jeune surfeur, père d’un enfant de 18 mois au moment des faits, en voyage de noces à Saint-Gilles, a été tué sous les yeux de son épouse alors qu’il faisait du bodyboard. Ces faits résument la fin tragique qu’ont connu ces jeunes gens, qui avaient l’avenir devant eux.

A qui la faute ?

A en croire les commentaires qui ont accompagné ces drames, la petite Sarah qui se baignait tranquillement dans la baie de Saint-Paul n’y était pour rien. L’adolescente originaire de la région de Poitou-Charentes, avait fini par quitter ses camarades d’école, avec l’espoir de revenir les yeux pleins de souvenirs de ses vacances passés à Saint-Paul, sur la côte ouest de l’île de la Réunion, où habite son père. Pendant sa baignade avec une copine de son âge, elle a été happée par le squale, alors qu’elle se trouvait à moins de cinq mètres du rivage, et sa copine venait à peine de sortir de l’eau. « Les conditions de cette attaque sont surprenantes. Le requin est reparti avec la moitié de son corps. On ne pensait pas qu’un requin pouvait venir si près de la côte », avait réagi Gina Hoarau, directrice de la Sécurité publique à Saint-Paul. La dernière attaque mortelle sur un baigneur remonte en effet à 1999. Mais entre-temps, la plage était restée sans surveillance, mais interdite à la baignade, comme l’ont confirmé la députée-maire de Saint-Paul et le préfet de la Réunion. Seulement, le panneau qui signalait l’interdiction était souvent arraché, d’après le site d’information de l’île de la Réunion zinfos974.

A Saint-Gilles, à quelques kilomètres de Saint-Paul l’émotion était vive le mercredi 8 mai 2013, après une attaque mortelle sur l’île. C’était la première en 2013. La victime faisait du bodyboard à une cinquantaine de mètres de la plage, lorsque le squale l’a attaquée. L’animal l’a chargée à deux reprises, lui arrachant une main et lui déchiquetant la cuisse. Ce sont les baigneurs à côté qui ont donné l’alerte après avoir observé la dilution de la mer bleue en mer rouge. « On regardait le bodyboarder au large. Il était seul. Et puis nous avons vu une grosse flaque de sang », a raconté un témoin au site Imaz Press Réunion. Les maîtres-nageurs n’ont pu que constater les dégâts et ramener le corps sans vie sur la plage. Les risques d’attaque cette fois-ci auraient été plus alarmantes. Selon Réunion 1ère, la flamme orange « risque requin » flottait sur la plage ce matin-là, et les « vigies requins », les équipes de plongeurs de surveillance, déconseillaient de se mettre à l’eau. « Les conditions de pratique du surf étaient défavorable » dira même la préfecture. « A quatre reprises, on lui a dit de ne pas aller trop loin alors qu’on voyait, en plus, qu’il était un surfeur débutant », a confié à la presse locale un surfeur qui était dans l’eau quelques minutes avant le drame.

Les coupables ne seraient pas ceux à qui vous pensez

Après chaque attaque, c’est toujours le même scénario. L’autorisation de la pêche aux requins. Après la mort de l’adolescente de 15 ans, un requin de plus de trois mètres a été capturé et tué mercredi 17 juillet dans la baie de Saint-Paul. Une autopsie doit signifier si cette femelle bouledogue est bien celle qui a tué l’écolière.
En attendant, les médecins légistes qui suivent le dossier semblent être d’accord sur une chose. Les responsables des attaques sont : les requins-bouledogues et requins-tigres connus pour leur agressivité.
Le problème est que ces deux catégories sont classées « espèce quasi menacée », par l’ONG maritime Sea Sheperd. Eclate alors un conflit entre les autorités politiques locales, inquiètes de l’impact de ces drames sur le tourisme, source de richesse de l’île, et les associations écologistes, attachées au respect de la biodiversité. Ainsi, on assiste fréquemment à des arrêtés contradictoires sur la pêche de ces requins.
En mai dernier, le préfet de la Réunion a annoncé la pose de « drumlines » – des lignes de fond munies d’un hameçon – à titre expérimental, pour capturer les requins. Mais de telle décision ont souvent du mal à passer la barrière des tribunaux. Cette fois-ci le dispositif pourrait s’appliquer dans la baie de Saint-Paul, où a été tuée la jeune touriste française.
Aux dernières nouvelles, le tribunal administratif a donné raison à la commune de Saint-Leu, qui demande à ce que l’Etat mette en place les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des baigneurs de l’île. L’Etat a donc 15 jours pour donner sa réponse.