La renaissance de l’audiovisuel congolais

Lentement, timidement, après plus de dix ans d’interruption, La France reprend officiellement sa coopération technique avec la République Démocratique du Congo. C’est le secteur de l’audiovisuel qui a le privilège d’inaugurer ce retour de flamme officiel entre Paris et Kinshasa.

De notre correspondant à Kinshasa

L’événement a eu lieu mercredi 20 février 2002 à Kinshasa, dans les installations de la Radio-Télévision Nationale Congolaise(RTNC) et plus précisément à l’Institut Congolais de l’Audiovisuel (ICA). L’ambassadeur de France, Gildas Le Lidec, a signé avec le ministre congolais de la Communication, Kikaya bin Karubi, une convention de financement du projet « Appui à l’audiovisuel congolais ». La cagnotte totale, d’une valeur de 1.067.000 euros, permettra à l’Institut Congolais de l’Audiovisuel de renouveler les équipements techniques et, dans la foulée, de réhabiliter l’infrastructure mise à mal par plus de dix ans de quasi-inactivité. A la grande satisfaction de l’équipe des encadreurs qui, pour la plupart n’y croyaient plus à force d’attendre, mais dont il faut admirer la patience et la fidélité envers cet ex-studio de la Voix du Zaïre pour lequel ils ont été spécialement formés il y a plus de 20 ans.

La résurrection de la Voix du Zaïre

 » Cette signature, a déclaré l’ambassadeur de France, montre notre engagement sur le terrain, directement avec vous, professionnels ici réunis, un engagement qui prolonge l’action politique menée depuis plusieurs années déjà avec le gouvernement congolais et auprès de la communauté internationale pour promouvoir la paix et le développement en RDC « . Les premières activités de formation commencent en septembre prochain, mais, déjà à l’ICA, c’est le branle-bas de combat. Finie la léthargie.

En même temps que la direction s’occupe à concevoir des plans de formation, les techniciens s’affairent à démonter les anciens équipements devenus obsolètes en vue de les remplacer par du matériel neuf attendu très prochainement de Paris.  » En dix ans d’inactivité, nous nous retrouvons en retard de quelques générations sur le plan de la technologie, confie Obio Agogo, directeur, spécialiste du son. Le matériel que nous démontons n’est pas en panne du fait qu’il n’a pratiquement pas servi. Il est tout simplement dépassé. C’est du matériel analogique alors que nous devons désormais fonctionner avec du numérique « .

La révolution numérique

Le retard technologique accumulé concerne aussi bien les équipements que les hommes appelés à utiliser le nouvel équipement. C’est ainsi que l’ICA a commencé à envoyer à Paris, par groupes, pour recyclage, des encadreurs qui devront animer les stages de formation. Manvidila Mansoni, formateur monteur, vient de rentrer de Paris où il a effectué un stage de montage digital. Tous les formateurs de l’ICA sont des ingénieurs formés à l’Institut National de l’Audiovisuel à Paris(Bry-sur-Marne). Créé en 1978, l’ex-Studio-Ecole de la Voix du Zaïre a formé des centaines de professionnels aussi bien Congolais qu’étrangers.

 » Nous comptons 139 promotions pour la formation professionnelle de la seule RTNC, déclare Juma Watsa, adjoint au directeur de la formation professionnelle. Nous avons également assuré le recyclage des stagiaires étrangers. Nous avons formé des cadres venant du Congo-Brazzaville, du Gabon, du Burundi, du Rwanda, du Togo, du Tchad, du Cameroun, du Sénégal et même du lointain Vietnam. C’est tout dire sur la notoriété de notre école « .

Recycler les professionnels

Pour l’heure, l’ICA va se contenter des stages uniquement congolais. L’actuel projet court sur 3 ans au cours desquels l’ICA devra former et recycler tous les professionnels de l’audiovisuel qui en font la demande. Or, celle-ci est de plus en plus forte. Depuis la libéralisation du secteur de l’audiovisuel en RDC, en 1990, plusieurs chaînes de radio et de télévision on vu le jour à Kinshasa comme dans les provinces.

Des chaînes communautaires se disputent l’espace audiovisuel avec des chaînes confessionnelles et associatives. Ce qui fait craindre trop d’amateurisme… Dans un environnement de carence de professionnels du métier. C’est ainsi qu’il faut comprendre la conclusion de l’ambassadeur français qui a dit qu’à travers l’ICA, les professionnels congolais pourront se familiariser avec les outils numériques, s’approprier une technologie répandue dans le monde entier et se raccrocher aux façons de faire de la télévision d’aujourd’hui.

La cagnotte de la coopération française bénéficiera également, mais dans une moindre mesure, à l’Institut Facultaire des Sciences de l’Information de la Communication (IFASIC), ex-Institut des Sciences et Technique de l’Information (ISTI) qui forme exclusivement les journalistes.