La recherche sur Ebola apporte enfin des lueurs d’espoir

Après avoir longtemps stagné, la connaissance de la famille des filovirus dont fait partie le terrifiant virus Ebola progresse. De récents essais sur des primates font même naître l’espoir d’un vaccin à moyen terme.

Quatre résidents de l’Université de Bethesda, au Maryland (Etats-Unis) ont été, pendant deux semaines cette année, les êtres vivants dont la santé a été surveillée avec sans doute le plus d’attention. Il s’agit de quatre macaques, qui ont été vaccinés d’une dose infinitésimale de Mayenga, la souche la plus virulente de l’effroyable virus Ebola, celle qui est apparue lors de la première épidémie connue, en 1976 dans l’ex-Zaïre. Les animaux ont survécu à l’infection qui leur a été infligée par la suite. Quatre autres primates  » témoins « , qui n’avaient pas été vaccinés au préalable, sont morts dans un délai de quatre à sept jours.

Il est bien trop tôt pour savoir si cet exploit, accompli par l’équipe du professeur Gary J. Nabel, est susceptible d’être reproduit sur l’homme. Il ouvre néanmoins des perspectives radicalement nouvelles quant au traitement d’une des maladies virales les plus méconnues au monde, et partant l’une des plus terrifiantes.

Le virus Ebola, mortel dans 50 à 90 % des cas selon les souches en cause dans les différentes épidémies, avait tué plus de 800 personnes sur les 1 100 ayant contracté la maladie depuis 1976. Un bilan auquel il faut ajouter les 400 cas et les 164 décès* de la dernière attaque virale, survenue cet automne dans le district de Gulu en Ouganda. L’incubation de la maladie dure de 2 à 21 jours. Elle se développe ensuite en une fièvre hémorragique interne et externe, accompagnée de douleurs musculaires et de migraines très vives.

Une attaque trop foudroyante pour la médecine actuelle

Il n’y a aucun traitement contre Ebola. L’idée même de soigner cette maladie pose à la médecine une question fondamentale, à laquelle elle n’a pour l’instant pas de réponse : s’il est impossible de soigner le virus, c’est d’abord parce qu’il se répand dans l’organisme à une vitesse qui prend de court la réaction immunitaire habituelle, y compris chez les personnes jeunes et en bonne santé. C’est pourquoi la recherche d’un vaccin a pu, à juste titre, précéder celle d’un traitement de fond.

Il y a cinq ans, on ne savait encore à peu près rien des filovirus ni de leur cycle naturel (apparition, vecteurs du virus, modalités de diffusion, etc.). De nombreuses équipes scientifiques essayaient pourtant, déjà, de trouver un vaccin susceptible d’immuniser contre sa forme Ebola et contre la forme Marburg, également très meurtrière. C’est ainsi que Peter Jahrling, un pharmacologue américain, a obtenu rapidement des résultats sur des rongeurs.

Sa démarche et celles de ses confrères (d’autres succès ont été enregistrés sur des chauves-souris) ont pourtant rapidement montré leurs limites. On ne sait pas, en effet, quel espèce animale est le  » réservoir  » d’Ebola. C’est ainsi que les vaccins efficaces sur les rongeurs ne le sont pas sur les primates, par exemple.

Des souches peut-être inoffensives

Rien ne prouve que les choses soient différentes du singe à l’homme. Un pas important a néanmoins été franchi, à l’occasion d’une campagne de prélèvements sanguins effectués sur près de 300 personnes dans la région de Lobaye, au sud de la Centrafrique. Deux enseignements majeurs sont sortis de ces tests. Tout d’abord, il est apparu qu’Ebola, comme d’autres virus, a ses  » porteurs sains « . On peut donc chercher à savoir ce qui protège ces personnes. D’autre part, une différence de taux d’infection s’est avérée entre, d’une part, les pygmées vivant dans des campements forestiers, et d’autre part les villageois sédentaires qui pratiquent moins la chasse et la cueillette.

Pour l’instant, l’équipe de recherche qui a mené ces tests ** émet deux hypothèses. La première est que certaines souches de filovirus peuvent être inoffensives. La seconde est que le contact avec la forêt humide constitue un risque d’infection supplémentaire.

Ebola tuera sûrement encore à plusieurs reprises, peut-être pendant de longues années. Mais les avancées actuelles, si elles peuvent sembler timides, doivent aussi être mesurées à l’aune du risque que prennent les chercheurs et les praticiens qui les mènent, souvent au contact direct des patients. Parmi les travailleurs de la santé qui ont été contaminés accidentellement depuis vingt-quatre ans, aucun n’a jamais survécu.

* Chiffres de l’OMS au 8 décembre 2000

** L’équipe comprend notamment l’Institut de recherche sur le développement (IRD, France), l’Institut Pasteur et l’Institut de virologie de la Philipps Universität (Allemagne)