La question des transports urbains en Afrique

La question des déplacements est encore considérée comme secondaire dans le développement en Afrique. Elle arrive bien après les questions de santé, d’éducation, d’accès à l’eau et d’assainissement. Pourtant, de plus en plus de grandes villes sont confrontées à de véritables difficultés de transports et de circulations qui influencent le développement dans toutes ses dimensions. La coopération décentralisée peut-elle contribuer à apporter des réponses et composer avec les réalités locales ?

Par Florence Le Nulzec, consultante

La coopération décentralisée au secours des transports urbains en Afrique. La CODATU (Coopération internationale pour le développement et l’amélioration des transports urbains et périurbains)[[<*>Association qui fête ses 25 ans d’existence]] tient sa XIIe conférence du 5 au 7 juillet à Lyon (France), siège de l’association, sous le thème : « Coopération décentralisée pour les déplacements urbains : quand les collectivité locales du monde échangent leurs expériences »[[<**>La CODATU a été créée à l’initiative d’universitaires, de collectivités locales et d’entreprises privées de constructeurs et d’exploitants à l’occasion de la Conférence de Dakar pour les Transports Urbains ; l’association favorise les échanges d’expériences entre les pays émergents, en développement et les pays industrialisés pour contribuer au développement des transports en commun dans le monde.]]. En Afrique, « l’homo urbanis » doit souvent faire preuve de pragmatisme, de patience et de philosophie pour se déplacer en ville. Une partie de la solution se trouve assurément dans la coopération nord-sud et le rôle des collectivités locales qui doivent souvent assumer certaines responsabilités à la place des gouvernements, moins en prise avec la réalité du terrain.

Des transports « oubliés » par les Etats neufs

Au moment des indépendances, les pays de l’Afrique francophone ont maintenu, tant bien que mal, des systèmes de transports étatiques qui se sont progressivement délités. Ils laissent un « vide » que comble petit à petit, avec plus ou moins d’efficacité, le secteur informel : des « cars rapides » de Dakar ou d’Abidjan aux « taxi-motos » de Cotonou, de Douala, de Lomé ou d’ailleurs. L’absence de transport collectif organisé contraint de nombreux citadins, en Afrique, comme partout où l’urbanisation galope sans contrôle, à se déplacer à pied ou à se « débrouiller » dans des conditions parfois à la limite de la dignité humaine. « Il faut parfois marcher des heures pour se rendre des banlieues des grandes métropoles africaines jusque dans les centres économiques où se développe l’activité. C’est une atteinte à la dignité humaine qui est aujourd’hui un enjeux pour l’Afrique et les pays émergents », explique Jean-Pierre Elong M’Bassi, coordinateur régional du Partenariat pour le Développement Municipal (PDM) à Cotonou (Bénin).

Les collectivités locales se voient alors contraintes de reprendre à leur charge des missions auxquelles elles n’ont pas été préparées. Si la question des déplacements n’est pas aujourd’hui inscrite dans les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), elle doit pourtant être considérée comme une priorité. Car elle contribue, de fait, à une évolution sociale et économique, constructive ou non, des territoires. C’est d’ailleurs un thème qui sera abordé lors des prochaines rencontres Africités [www.africites.org] qui se tiendront à Nairobi en septembre prochain (18-24 septembre 2006).

Expériences des pays du Nord et réalités locales des pays du Sud…

« Il y a, sur le sujet des transports et des déplacements, matière à coopération », estime JP Elong M’Bassi, « même si ce thème n’y en pas encore très présent ». La part des véhicules croit en moyenne de +10% par an dans les pays en développement et cette réalité ne peut être ignorée. Est-il obligatoire que la voiture soit le seul mode de déplacement quand 1km de voirie coûte 4 millions de F CFA (6 000 euros) et alors même que la capacité énergétique est un problème de plus en plus prégnant ? En tenant compte de ce qui s’est développé dans les territoires émergents et en tirant les leçons des expériences occidentales, il est possible de déployer des coopérations, tout en intégrant le secteur informel qui remplace le secteur formel tant que celui n’est pas opérationnel.

… pour inventer des solutions durables

La coopération décentralisée suppose aujourd’hui une approche plus globale du développement en y incluant les transports. Qu’il s’agisse de la gestion de la circulation, du partenariat sur l’entretien des voiries et du matériel roulant, sur le montage de collaboration entre le secteur privé et les collectivités locales, il y a matière à échanger. De l’avis de tous, CODATU peut y contribuer. A ce sujet, si le SYTRAL(Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l’agglomération lyonnaise, autorité organisatrice des transports en commun de l’agglomération lyonnaise) et la Région Rhône-Alpes se sont largement impliqués dans l’accueil de cet événement, c’est que la région fait figure de modèle dans le domaine des transports.

Le SYTRAL veut apporter sa pierre à l’édifice en accueillant dans l’avenir des techniciens afin de les former à la maintenance des systèmes proposés aux pays émergents et des matériels roulants modernes, où l’informatique prend de plus en plus de place. « La complexité des problèmes oblige à mixer les solutions, précise Charles Josselin, ancien ministre délégué à la Coopération et à la francophonie, et actuellement vice-président du Haut Conseil de la coopération internationale. Cela nécessite des Etats et des responsabilités locales forts et d’ouvrir les réflexions aux Elus et aux usagers », car les transports et déplacements sont aussi facteur d’inégalité. Les travaux de ces trois jours feront l’objet d’un guide méthodologique remis dans quelques mois aux participants. Seront-ils porteurs de solutions opérationnelles et adaptées dans la durée ? L’enjeu est de taille.

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