La prorogation du mandat du président centrafricain : une insulte à la volonté du peuple souverain

 

Contrairement à l’initiative du Forum démocratique pour la modernité (FODEM, opposition) qui propose un schéma constitutionnel et donc légal pour « corriger » l’insuffisance de notre loi fondamentale en matière de difficultés à organiser les élections, la représentation nationale de Centrafrique a fait le choix, le 10 mai dernier, d’autoriser la prorogation du mandat du Président de la République (François Bozizé) et des Députés eux-mêmes et ce, en totale contradiction avec la Constitution. Le FODEM a mis en garde récemment contre la tentation d’un consensus politique qui insulterait la volonté du Peuple souverain.

Aux termes de l’article 108 de la constitution, le nombre et la durée des mandats présidentiels ne peuvent faire l’objet d’aucune révision. Il se trouve que le mandat du Président de la République se trouvera de fait prorogé grâce au projet décidé par l’Assemblée nationale. Ce qui est formellement interdit par notre constitution. Les raisons évoquées ne tiennent pas un instant devant une analyse sérieuse, puisque les motifs imprévisibles et irrésistibles évoquées relèvent de la pure irresponsabilité et amateurisme de ceux qui sont sensés être les gardiens de nos institutions et de notre Constitution.

Le FODEM a déjà indiqué que les vraies raisons du non respect du calendrier électoral résident en fait dans le non respect du code électoral, lequel oblige à la révision annuelle des listes électorales. S’ajoutent à cela, l’insécurité et la non application du programme Démobilisation Désarmement Réinsertion (DDR).
Devant la difficulté, il est toujours recommandé de dialoguer pour pouvoir dégager un consensus dans l’intérêt supérieur de la Nation toute entière.

Des intérêts particuliers privilégiés au détriment du respect de la Constitution

Fallait-il un consensus bridé et tronqué, comme c’est le cas, ou profiter de la carence de notre loi fondamentale pour la rendre aussi complète que possible afin d’éviter de recourir aux accords politiques qui ont depuis toujours connu des difficultés dans leurs applications ?

La position et la proposition du FODEM avaient le sérieux et indiscutable avantage d’obliger désormais à agir dans le cadre de la loi, en conformité avec la Constitution.
Il eut fallu introduire dans notre constitution l’obligation de confier la gestion du Pays à un collège d’hommes et de femmes aux qualités et intégrité qui les placent au dessus de toute appartenance nuisible et ayant un sens élevé de l’intérêt général.
La position du Président de la République pouvait toujours faire l’objet d’un consensus, puisque la vacance de la Présidence n’est prévue dans notre constitution qu’en cas de décès, de maladie, d’empêchement ou de démission.

Au lieu de répondre et de faire des propositions qui consolident notre Constitution, les Députés, d’ailleurs presque tous de la majorité ont préféré aller dans le sens des intérêts qui ne sont pas compliqués à comprendre. Comme il est souvent difficile d’être juge et partie !

Le FODEM réitère sa proposition et demande au Président de la République de faire des propositions courageuses, en tenant compte bien sûr de la position de l’assemblée nationale.
Après tout, c’est bien à lui que revient la charge de bien veiller au respect de notre loi fondamentale.

Par Saturnin Ndomby