La presse internationale harcelée à Brazzaville après l’élection contestée

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) est alarmé par le harcèlement des journalistes internationaux couvrant cette semaine des élections présidentielles contestées en République du Congo.

Mercredi, la police a brisé la caméra de la vidéaste Marlène Rabaud de France24, alors qu’elle filmait la dispersion d’une manifestation de l’opposition dans la capitale, Brazzaville, selon des journalistes locaux et des reportages. Son collègue de France24, Arnaud Zajtman, qui était également sur les lieux, a déclaré au CPJ que les officiers les ont poussé et confisqué leurs images. Un troisième journaliste, Thomas Fessy de la BBC, a dit au CPJ que l’officier lui a tiré les cheveux jusqu’à ce qu’il rende son enregistreur audio. Un officier en uniforme a fouillé Fessy, sous les ordres de policiers en civil. La police a saisi son sac de matériel, y compris un appareil photo numérique, un téléphone portable et son carnet de notes. Les tentatives de récupérer leurs biens ont été vaines, ont dit les journalistes.

S’adressant au CPJ jeudi 17 juillet, le porte-parole de la police nationale, le colonel Jean Aïve Alakoua a déclaré que la police n’avait pas encore fait le point de la manifestation, qui a été déclenchée par l’annonce officielle de la réélection du Président Denis Sassou-Nguesso parmi de nombreuses allégations d’irrégularités. « Je n’ai reçu aucune plainte à propos de cela [l’incident]», Alakoua ajouté.

« Il est inacceptable dans une démocratie que des journalistes soient harcelés alors qu’ils couvrent des élections et ses suites », a déclaré le CPJ Africa Program Coordinator Tom Rhodes. « Nous appelons les autorités à mettre fin à ces intimidations, à retourner immédiatement le matériel saisi, et à dédommager nos confrères et notre consœur ».

Les agents de la sécurité ont harcelé une autre journaliste, Catherine Ninin de Radio France Internationale, selon des journalistes locaux.

Dimanche, aux environs de 1 h du matin, quelques heures avant l’ouverture du scrutin, une douzaine d’agents de sécurité dirigé par le colonel Thomas Bakala Mayinda de la Direction de Surveillance du Territoire congolais a fait une descente dans l’hôtel de Ninin et demandé à voir la journaliste, sous prétexte de mener une interview. Le personnel de la réception de l’Hôtel Saphir leur a refusé l’accès. Ninin a dit au CPJ dans un e-mail qu’elle a reçu une heure plus tard un appel téléphonique menaçant d’une personne de la présidence, tandis que deux autres groupes d’agents de sécurité ont assiégé l’hôtel toute la nuit.

Par ailleurs, Zajtman a également déclaré au CPJ avoir reçu un coup de téléphone au milieu de la nuit lui reprochant le reportage de sa chaine TV sur la pauvreté à Brazzaville. Zajtman, Rabaud, et Fessy ont dit avoir du quitter l’Hôtel Hippocampe, à Brazzaville, après avoir remarqué que des agents de sécurité surveillaient leurs activités.

S’adressant au CPJ, jeudi 17 juillet, Alakoua porte-parole de la police, a déclaré qu’il n’était pas au courant des descentes des services de sécurité à l’hôtel de Ninin. « Elle circule librement. Elle fait ses reportages à sa guise, même s’ils ne plaisent pas nécessairement à tout le monde », a t-il dit, ajoutant que la police n’a jamais reçu une plainte de la part de la journaliste.

Toutefois, au cours d’une conférence de presse le 11 Juillet au siège de la campagne présidentielle, de hauts responsables ont lancé des avertissements à Ninin à plusieurs reprises sur la couverture de RFI et France 24, selon plusieurs journalistes locaux.

« S’il vous plaît ne faites les [Radio Télévision Libre des] Mille Collines », François Ibovi, un porte parole de la campagne, a déclaré en visant Ninin. Le commentaire a été une référence à la tristement célèbre.station rwandaise qui a contribué a déclencher le génocide de 1994. « Nous vous demandons de faire votre travail. Il n’y a pas un seul journaliste en prison dans ce pays. La liberté de la presse est garantie, mais n’essayez pas de mettre de l’huile sur le feu », a-t-il martelé.

Les déclarations apparemment découlent d’un reportage de RFI sur l’appel de l’opposition à boycotter le scrutin et un reportage de France 24 montrant un rassemblement de l’opposition avec en vis-à-vis le candidat président en campagne, selon Ninin. Les médias pro-gouvernementaux ont également attaqué Ninin dans des éditoriaux, selon l’enquête du CPJ.

« Le harcèlement de notre collègue Catherine Ninin révèle un climat de peur et d’autocensure que la presse locale de la République du Congo subi depuis plusieurs années », a déclaré Tom Rhodes.

Le COMITÉ POUR LA PROTECTION DES JOURNALISTES (CPJ), une organisation indépendante, à but non lucratif basée à New York depuis 1981 et devouée à defendre la liberté de la presse dans le monde.