La presse d’opposition dans la ligne de mire de Gbagbo

Les journaux d’opposition ont de nouveau droit de cité ce lundi après avoir été interdits. Laurent Gbagbo, l’un des deux présidents ivoiriens, tente de museler la presse privée d’opposition alors qu’il règne sur l’audiovisuel public.

La presse écrite d’opposition est de nouveau dans les kiosques ce lundi. Pour rester à la tête de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo ne lui a pas fait de cadeau. Elle avait cessé de paraître depuis ce vendredi en Côte d’Ivoire sous injonction de ses proches. Le président ivoirien, reconnu par le Conseil constitutionnel, vient peut-être de faire sa première concession depuis le début de la crise post-électorale qui a suivi le second tour de la présidentielle ivoirienne du 28 novembre dernier. Pourtant ce dimanche encore, Gnonzié Ouattara, le ministre de la Communication du gouvernement Gbagbo, n’excluait pas d’interdire les journaux. « La loi indique qu’un journal peut être interdit », avançait-il. Les motifs qui pourraient y conduire selon le ministre : le fait que les journaux n’aient pas le droit « de démoraliser, de déprimer le peuple ivoirien par des articles violents, mensongers et qui quelquefois constituent une sorte d’appel à la révolte ».

Dans un communiqué publié ce samedi et signé par son président Eugène Dié Kacou, le Conseil national de la presse (CNP) avait réclamé la levée de l’interdiction qui plane sur les journaux concernés depuis ce vendredi. « Le CNP marque sa très vive indignation et condamne avec force cette action qui ne résulte de la décision d’aucune autorité compétente à cette fin, et qui constitue une atteinte intolérable à la liberté de la Presse ainsi qu’au droit des citoyens à une information plurielle.». Dans le même document, l’institution rappelait les conditions de l’interdiction de cette presse d’opposition. « Dans la nuit du jeudi 16 au vendredi 17 décembre 2010, des éléments de la Garde Républicaine se sont rendus au siège de la société Edipresse, société en charge de la distribution des publications de la presse en Côte d’ivoire, puis dans les imprimeries de presse Olympe et Sud Action Média (sic) et ont interdit, jusqu’à nouvel ordre, aux agents de ces structures l’impression et la distribution des journaux suivants : L’Expression, Le Mandat, Le Nouveau Réveil, Nord-Sud Quotidien, Le Patriote, Le Jour Plus, L’Intelligent d’Abidjan».

Médias ivoiriens et internationaux : même punition

Un communiqué de Reporters sans frontières (RSF), l’ONG internationale de défense de la liberté de la presse, publié ce vendredi précise qu’« en signe de protestation, l’imprimerie Sud Actions Médias a décidé de refuser d’imprimer Le Nouveau Courrier et Le Temps, deux journaux proches de Laurent Gbagbo ». « La Garde républicaine a également interdit à Presstalis (NNPP) de distribuer les journaux d’opposition », poursuit RSF. Selon l’AFP, Gnonzié Ouattara a indiqué qu’il n’avait pas été « informé hier (samedi) » que les journaux proches d’Alassane Ouattara, président ivoirien reconnu par la Commission électorale indépendante, ou critiques du régime Gbagbo, avaient été interdit de parution par la Garde république. « Je cherche à savoir ce qui s’est effectivement passé », a indiqué le ministre de la Communication.

RSF, qui « a appris avec soulagement » ce lundi la fin de l’interdiction des journaux d’opposition, avait exprimé vendredi « sa très vive inquiétude » à propos de la presse et des journalistes qui se retrouvent dans « la bataille que se livrent les camps Gbagbo et Ouattara pour le contrôle de la télévision d’Etat et de l’information en général ». Le quatrième pouvoir, tel qu’Alexis de Tocqueville a baptisé la presse écrite et les médias en général, n’est pas un terme usurpé dans la crise ivoirienne. Laurent Gbagbo a fait main basse sur les médias publics, notamment la Radio télévision ivoirienne (RTI). Le dessaisissement de la CEI, qui n’avait pas prononcé les résultats du second tour de la présidentielle dans le délai imparti de trois jours, et l’invalidation des chiffres de la CEI, qui donnaient Ouattara victorieux, ont été annoncés sur la télévision publique. Les médias étrangers seront les premiers à faire écho à l’élection d’Alassane Ouattara. Ils sont interdits depuis. Alassane Ouattara, reconnu par la communauté internationale, serait également soutenu par sa presse selon les partisans de Laurent Gbagbo. En riposte, son nouveau ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, tente lui aussi d’y être présent. Il a autorisé notamment les caméras de la télévision publique France 2 à le suivre et le reportage a été diffusé ce dimanche au journal de 20h.

En outre, le régime de Laurent Gbagbo accuse la radio de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci), Onuci-FM de sortir de son devoir de réserve et d’être un « média de propagande » pour Alassane Ouattara. De même, dans un communiqué daté du 13 décembre 2010, le Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA) avait invité « instamment les promoteurs » d’une radio « pirate » émettant sur la fréquence 105.1Mhz « à arrêter sans délai, toute diffusion d’émission ». La paternité du média serait attribuée à l’ex-rébellion des Forces nouvelles.