La paix compromise à Yamoussoukro

Les mutins et le gouvernement ivoirien se rejettent la responsabilité de l’échec de la signature du cessez-le-feu qui devait avoir lieu vendredi dernier. Si les chemins des pourparlers ne sont pas rompus, sur le terrain les mouvements de troupes montrent la détermination des deux parties à négocier en position de force. Ou à emporter une victoire militaire décisive.

Les troupes loyalistes acheminent des renforts vers les alentours de Bouaké, seconde ville du pays contrôlée par les mutins depuis le 19 septembre. Les rebelles font de même. Ils renforcent leurs rangs en dépêchant des forces de Korhogo. Comme si mutins et gouvernement ivoirien doutaient de la sincérité de leurs intentions de cessez-le-feu. Et qu’une bataille décisive était inévitable à Bouaké. A l’heure où nous mettons en ligne, dimanche 15 h à Abidjan (17 heures à Paris), des coups de feu sont entendus dans la périphérie de Bouaké.  » C’est des tirs à l’arme lourde. Les gens rentrent chez eux. Ce n’est pas encore la panique mais les habitants ont peur. Depuis ce matin, on dirait qu’il y a plus de rebelles dans les rues « , témoigne un habitant du quartier Commerce.

L’appel des armes

Les deux parties devaient signer vendredi dernier un accord de paix, sous l’égide de la délégation de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CDEAO) emmenée par l’inusable Secrétaire général Mohamed Ibn Chambas. Mais le gouvernement de Laurent Gbagbo n’a dépêché qu’un lieutenant-colonel non habilité officiellement à engager les autorités ivoiriennes. Les délégués de la CDEAO accusent le gouvernement ivoirien de vouloir retarder sciemment les accords en ne livrant pas à son représentant les documents officiels qui lui permettraient de signer le cessez-le-feu.

Les mutins semblent divisés sur la marche à suivre. Le groupe qui contrôle Korhogo veut rompre les négociations et aller à Abidjan mais la délégation de Bouaké, dirigée par le très politique adjudant Tuho Fozié, veut encore croire à une paix possible. Mais menace aussi de se diriger vers la capitale économique.