La paix carbure au pétrole

Khartoum et les rebelles sudistes de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) ont signé, mercredi, un accord de partage des richesses pétrolières qui les placent définitivement sur la voie de la paix. Ils ont également décidé la formation d’une armée commune, ainsi que la tenue prochaine d’un référendum d’autodétermination au sud. Seul accroc, les rebelles qui sévissent dans la région du Darfour ne sont pas concernés par cet accord.

Le pétrole acteur de la paix au Soudan. Le principe d’un accord sur le partage des richesses entre le gouvernement de Khartoum et les rebelles de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) avait été acquis dès lundi. Mais les négociateurs des deux camps ont dû attendre la signature du document par leurs chefs, mercredi à Naivasha (Kenya), pour crier victoire. L’accord prévoit un partage cinquante/cinquante des revenus nationaux, dont ceux issus du pétrole, pendant une période de six ans. Le principe de la séparation de l’Etat et de l’Eglise, chère à l’APLS, qui lutte pour que la loi islamique – appliquée au nord – ne soit pas appliquée au sud, a été adopté. De même que la formation d’une armée commune et l’organisation d’un référendum d’autodétermination dans le sud, à l’issue de la période intérimaire.

« Le processus de paix au Soudan est vraiment irréversible, maintenant », s’est félicité John Garang, chef de l’APLS. « Cet instant (…) annonce la fin d’un long épisode de guerre et de conflit dans notre pays », a confirmé le vice-Président soudanais Ali Osman Mohamed Taha, dont Reuters rapporte les propos. Tout n’est pourtant pas réglé puisque les négociations, entamées le 14 octobre 2002, se poursuivent pour parvenir à un accord sur le partage du pouvoir, ainsi que sur le statut de trois régions du centre du pays. Autre accroc, les rebelles de l’Armée/Mouvement de libération du Soudan (AMLS), qui sévissent depuis le début de l’année 2002 dans la région du Darfour (ouest), ne sont pas concernés par cet accord. L’AMLS et le gouvernement avaient engagé des pourparlers après la signature d’un cessez-le-feu, en septembre dernier, mais les discussions avaient été suspendues en décembre.

Le roi pétrole

La rébellion du sud a repris en mai 1993, après que le maréchal-Président Nemeiry ait unilatéralement abrogé l’accord d’Addis-Abeba (1972). Celui-ci faisait du sud un territoire semi-autonome, avec un gouvernement à Juba. Le putschiste arrivé au pouvoir en 1969 avait compris que le pétrole, découvert trois ans plus tôt par la compagnie pétrolière américaine Chevron, se trouvait en totalité dans le sud. Il prétextera ensuite de l’application de la charia sur tout le territoire pour justifier sa décision et raffermir sa légitimité. En raison de l’insécurité, les compagnies occidentales ne se bousculeront pas pour exploiter les ressources pétrolières.

Khartoum a dû attendre 1999 pour envisager la construction d’un oléoduc vers la mer Rouge. Le projet, qui réunissait la Compagnie nationale des pétroles chinois, Petronas (Malaisie) et Talisman (Canada), a vu des prisonniers chinois venir servir de main d’œuvre pour gagner quelques remises de peine, raconte Gérard Prunier, chercheur au CNRS et directeur du Centre français d’études éthiopiennes à Addis Abeba.

Un clan du régime en place pensait encore, en 2002, pouvoir exploiter l’or noir sans passer par les majors occidentales. Mais les Etats-Unis ont mis la pression sur le gouvernement de Khartoum. Notamment avec le Sudan Peace Act, signé en octobre 2002, qui imposait au pays des sanctions économiques. Le texte prévoyait également une enveloppe de 300 millions de dollars, en plus de 100 millions déjà prévus, pour l’aide aux populations vivant dans la zone sous contrôle de l’APLS. Dans des conditions assez vagues, précise Gérard Prunier, pour permettre à la guérilla de se servir de cette somme. Le Soudan tire actuellement deux milliards de dollars de sa production pétrolière, en extrayant quotidiennement 250 000 barils. Celle-ci pourrait passer à 450 000 barils par jours dès 2005, et à 800 000 en 2010.