La montagne de Rallia

Dans le dernier film de l’Algérien Mehdi Charef, La fille de Keltoum, la jeune Rallia part à la recherche de sa mère au milieu d’une montagne magnifique et cruelle. Elle y croise les destins tragiques d’hommes et de femmes qui survivent dans ce milieu hostile. Un film plein de délicatesse qui laisse éclater le talent de Cylia Malki dans le rôle de Rallia.

 » Je suis parti enfant d’Algérie. Pour moi, cette montagne était le paradis et ses habitants des princes. Trente ans après j’y suis retourné. J’ai découvert un autre pays et rencontré ce film « , explique le réalisateur Mehdi Charef. Dans son dernier opus, La fille de Keltoum, son héroïne énonce, comme un écho :  » Dans mes rêves, cette montagne était un paradis et ses habitants des princes et des princesses.  » Cette montagne n’est pas forcément algérienne. Elle est nord-africaine, située dans un pays insaisissable.

Seule la canicule, la sécheresse et la beauté touchante de ce paysage aride sont palpables. C’est ici que Rallia est née et c’est ici que, dix-neuf ans plus tard, elle revient sur les traces de sa mère qui l’a abandonnée à la naissance. Rallia est belle et indépendante. Occidentale. Elle a les cheveux coupés court et vit à Genève, là  » ou les enfants n’ont jamais faim et n’attrapent pas la maladie de la poussière dans les yeux « , résume sa tante Nedjma.

Road-movie tendre et brutal

Nedjma. Petit bout de femme de 40 ans, courbée par son lot quotidien : ravitailler en eau les quelques habitants des gourbis épars de cette montagne  » maudite « . On la dit folle. Elle est une guérisseuse qu’aucun homme n’a voulu épouser. Alors, prise au piège de la montagne, elle est restée aux côtés de son père. Pourtant Nedjma et Rallia partent ensemble à la recherche de Keltoum qui travaille dans un grand hôtel au bord de la mer.

Road-movie tendre et brutal, La fille de Keltoum est surtout un hommage à ces femmes des montagnes qui  » se nient pour laisser croire à l’homme orgueilleux qu’il est fort et puissant. Car l’homme est faible et il ne faut pas qu’il ait peur sur cette montagne où il est si dur de survivre « , explique le réalisateur. La fille de Keltoum, avide de vérité, croise des femmes bafouées ou libérées, des hommes cruels ou amoureux. La beauté des couleurs et des lumières n’a d’égale que la force des sentiments qui prend les personnages à la gorge. Mehdi Charef dirige ses acteurs avec tact. Les visages deviennent plus expressifs que les mots. On aime la fille de Keltoum. On ne peut pas faire autrement.

La fille de Keltoum de Mehdi Charef. Sortie française le 10 avril 2002.