la moins mauvaise des injustices

Le chantier du tunnel Tchad-Cameroun a été lancé en grandes pompes hier. Percussions traditionnelles, chants de femmes et accolades. Rien n’a manqué à ce coup d’envoi auquel participaient les deux chefs d’Etat particulièrement intéressés : le Président Idiriss Deby et son homologue Paul Biya.

C’est que ce projet porté par la compagnie américaine Exxon Mobil et soutenu par la Banque mondiale à hauteur de 476 millions de dollars, prend des allures de triomphe aux yeux de ceux qui l’ont défendu bec et ongles durant des années. Pour les ONG, associations de défense des droits de l’Homme et de l’environnement, l’inauguration du  » pipe  » résonne comme une défaite, comme la consécration des injustices criantes d’un ordre mondial aux mains des puissants et dont les intérêts mercantiles sont cyniquement relayés par le grand argentier de la planète.

Sans vouloir éluder la polémique, Afrik.com a lancé en juillet un dossier pour en comprendre les ressorts. Nous avons tenté de taire les divergences qui faisaient jour au sein même de notre rédaction.

Aux passions nous avons tenté de substituer les faits. Si, si c’est vrai. Cette honnêteté d’approche, nous l’avons défendue parfois contre notre propre démons, parfois contre des interlocuteurs (puis des lecteurs) qui nous soupçonnaient de partialité. C’est sans fards que nous affirmons aujourd’hui encore avoir fait notre travail honnêtement. Ni plus, ni moins. Mais ce souci d’honnêteté nous porte à dire aussi qu’au sortir du travail fourni, les confrontations des différentes positions, les faits que nous avons réussis à établir ont ancré chez la majorité d’entre nous la certitude suivante : si l’on doit juger le projet à son caractère équitable entre l’Afrique et les multinationales occidentales, non, il n’est pas bon. Oui, il y a eu des avancées qui ont rendu ce projet meilleur. Des avancées qui permettent à certains de ses défenseurs d’affirmer qu’il s’agit du  » moins mauvais projet pétrolier en Afrique, ces 20 dernières années « . Bravo, alors, puisqu’il s’agit du moins mauvais. Chapeaux bas, messieurs les ténors de la realpolitik, nous nous joignons à vous pour applaudir la  » moins mauvaise  » des injustices.