La mode musulmane tisse sa toile


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Zarinas
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Certains musulmans pratiquants peinent à faire du shopping en France. Et pour cause : pas facile de trouver des magasins qui vendent des voiles, des robes de prière ou des maillots de bain combinaison… Pour palier ce manque, des créateurs ont décidé de commercialiser en ligne des vêtements « musulmans ». Deux d’entre eux se sont confiés à Afrik.

Zaynab a 39 ans. Elle vit à Nice, dans le Sud de la France. « J’ai toujours travaillé, confie-t-elle à Afrik. Mais en tant que femme musulmane et voilée je ne pouvais plus travailler, surtout sur Nice où la majorité est nationaliste. » Une allusion au fait que, par souci de laïcité, le port du voile est prohibé dans certains lieux.

survet.jpgZaynab ne reste pas les bras croisés et se lance dans la mode, l’une de ses passions. C’est ainsi qu’est née il y a un an la boutique en ligne zaynab.fr. Sa cible ? Les femmes comme elle : voilées et désireuses de porter des vêtements élégants et de qualité. Pour les satisfaire, la styliste s’entoure de « professionnels hautement qualifiés ».

Résultat, une collection « made in France » d’ensembles de sport, de robes de soirée, de maillots de bains couvrant tout le corps, de robes de prières… Sans oublier les voiles, qui apparaissent en tête des vêtements mis en vente. Spécialité : en plus des voiles classiques, on trouve des voiles pour chapeaux et cols roulés.

Voiles pour chapeau et cols roulés

voile.jpg« Pourquoi ces deux voiles ? Tout simplement parce que celui pour chapeau se porte avec un chemisier ou un col V, ce qui donne une belle encolure et un beau profil. J’ai créé celui pour col roulé car l’hiver nous en portons beaucoup et que nous n’avons pas besoin d’un long voile, mais de juste ce qu’il faut pour éviter la surcharge de matière sous le vêtement », commente Zaynab.

Les prix affichés ne sont pas accessibles pour tous. « Très demandés en Algérie, au Maroc, au Canada, à l’Ile de la Réunion et bien sûr en France », les maillots de bains coûtent entre 65 et 120 euros. Les deux modèles de survêtements valent respectivement 149 et 165 euros. Quant aux trois robes de soirées, il faut compter de 260 à 960 euros…

maillot.jpg« La créatrice en prêt-à-porter » justifie ces tarifs par la qualité des tissus choisis (« dentelle de Calais, cachemire ou soie ») et le fait qu’elle ne « fabrique pas de stocks ». Ce qui entraîne que « la pièce coûte beaucoup plus cher ». Un paramètre qui, souligne la créatrice, n’entrave pas les ventes car les clientes « ont bien compris » pourquoi les prix atteignent ce niveau.

Mettre en valeur malgré la distance

Changement de décor avec almoultazimoun.com. Adil Chaab et son associé proposent des créations pour homme, femme et enfant. La plupart sont des vêtements spécifiques à la pratique du culte musulman ou rappelant la mode des pays arabes, comme les jilbabs, les abayas et les djellabas, les kamis et autres sarouels.

robe-bis.jpg« On personnalise à fond le vêtement pour celui qui l’achète. Par exemple, si on a une femme qui fait 1,80m pour 90 kilos, il faut du sur-mesure qui la mette en valeur. C’est pour ça qu’on demande aux clients de nous envoyer leurs mensurations, avec quelques caractéristiques de leur physique. C’est l’une des spécificités de notre boutique », explique Adil Chaab, 31 ans.

A côté des vêtements « musulmans », almoultazimoun.com présente du prêt-à-porter femmes. Les modèles sont plus classiques, à l’image des tee-shirts du « rayon » muslim wear. Ce n’est pas un hasard : le site, lancé en 2005, ne brasse pas uniquement des fidèles de l’islam. Une ouverture souhaitée et revendiquée par ses fondateurs.

« Pics de visites pendant les fêtes »

tee.jpgOutre les produits naturels, bijoux et autres articles de décoration, ces visiteurs non-musulmans « viennent parce qu’ils aiment porter des vêtements orientaux ou parce qu’ils vont travailler dans un pays musulman et qu’ils veulent être en phase avec la population. Certains aussi nous demandent conseil pour acheter un cadeau à un proche converti à l’islam », précise Adil Chaab.

Rompus au système de référencement sur Internet, le binôme parvient à une moyenne de « 400 visites par jour, avec des pics notamment lors des périodes de fêtes comme le ramadan et l’Aïd ». Une moyenne qui devrait aller croissante puisque les deux patrons entendent développer leur visibilité sur les moteurs de recherche des pays européens limitrophes de la France.

robe-3.jpgEn ce qui concerne les ventes, elles se portent plutôt bien. Explications d’Adil Chaab : « Notre force est que l’on crée des modèles de qualité au meilleur prix possible, surtout à cette époque où tous les secteurs d’activités sont touchés [par la crise]. C’est un peu un paradoxe parce que c’est un peu comme si on vendait une Mercedes au prix de d’une Deux Chevaux ».

Au final, souligne Adil Chaab, les bénéfices sont très faibles. Mais le jeune homme ne regrette rien. Il faut dire que, petit à petit, il atteint son objectif : permettre aux internautes d’accéder à des produits liés à la culture musulmane. Des produits qui étaient « absents des réseaux de distribution classiques » au moment du lancement d’almoultazimoun.com.

Visiter les sites zaynab.fr et almoultazimoun.com

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