La méthode kangourou : la couveuse du pauvre

Maintenir 24h/24 un enfant prématuré contre la poitrine de sa mère : la méthode kangourou s’inscrit comme une alternative à la couveuse traditionnelle. Outre des résultats plus que probants, la technique supprime les coûts financiers liés à l’utilisation d’incubateurs. Un espoir pour les pays en voie de développement, notamment pour l’Afrique.

Naître prématuré(e) dans un pays en voie de développement n’est guère un signe de chance. Sombre présage même pour des enfants qui bien souvent ne peuvent bénéficier, comme il se devrait dans le meilleur des mondes, de quelconques couveuses. Un nouvel espoir pour tous : la méthode kangourou. Le nouveau né est gardé 24h/24 à même la peau sur la poitrine d’un adulte pour finir sa période de maturation. Un avantage en terme de coût pour un système qui à déjà prouvé son efficacité.

La méthode kangourou n’est pourtant pas nouvelle. Elle a été mise au point il y a près de 20 ans par des pédiatres colombiens de Bogota. Après des tests plus que probants, elle intéresse depuis de plus en plus de monde. Et pas seulement les pays pauvres. La formation, dispensée à Bogota par la  » Fundacion Kanguro « , attire des praticiens des quatre coins de la planète.  » Il y avait beaucoup de pays d’Europe, d’Afrique et même d’Amérique du Nord « , témoigne Mme Ranaivoson, docteur à la maternité de Befelatanana à Madadagascar, qui a elle-même suivi le mois d’apprentissage en 1998, dans la capitale colombienne.

Des résultats incontestables

 » C’est la mère qui remplace l’incubateur (ou tout autre adulte, Ndlr), elle est source de chaleur pour l’enfant mais aussi d’alimentation – elle peut l’allaiter – et également de protection – une immunisation naturelle grâce aux anticorps fournis par le lait « , explique le Dr Ranaivoson. Les essais pratiques réalisés d’avril à décembre 2000, à la maternité de Befelatanana sur 32 bébés, pesant de 900 à 2 300 grammes à la naissance, se sont avérés très concluants.  » Le contrôle médical fait à l’âge de trois mois montre un poids triplé et même plus par rapport au poids à la naissance « .

Un groupe de recherche de l’Université de Laval en France a mené, sous la direction du professeur Rejean Tessier, des tests à plus grande échelle en Colombie. Près de 488 cas furent suivis, les résultats comparés à un groupe témoin de prématurés élevés en couveuse à l’hôpital. Six semaines plus tard, les bébés kangourous n’accusaient aucune différence de poids par rapport aux autres et se sont montrés moins sujets aux infections.

Des disciples de la méthode

Plus besoin de couveuse. L’avantage de la méthode kangourou est de taille surtout pour les pays pauvres où les incubateurs sont loin d’être légion. Mais les initiatives d’utilisation restent toutefois relativement isolées. De retour à Madagascar, le Dr Ranaivoson, dont la formation fut entièrement prise en charge par la Fundacion Kanguro, entend bien diffuser son nouveau savoir partout où elle le pourra. Pour se faire, elle a créé en 1998  » l’Association mère kangourou Madagascar  » qui compte actuellement 50 membres actifs. Elle organise, à son tour, des formations ponctuelles au niveau des maternités publiques et privées d’Antananarivo.

Le ministre de la Santé malgache a accordé une autorisation officielle de l’application de la méthode au niveau de tous les centres de santé du pays. Un pas salutaire vers une vulgarisation de cette technique,  » naturelle, rassurante et économique  » au plan national. Une belle alternative humaine contre le manque de moyens, une nouvelle chance pour la vie.

Fundacion Canguro (Fondation kangourou) Bogota (Colombie)

Docteurs Nathalie Charpak et Zita Figueroa Sanchez