La meilleure amie de votre beauté

Le docteur Kadi Bizet endosse tous les rôles : psychologue, confidente, conseillère… Elle est surtout la référence en France en matière de beauté esthétique pour les femmes noires et métisses. Son cabinet du 19ème arrondissement de Paris ne désemplit pas. Disponible et à l’écoute, elle sait redonner confiance aux femmes qui viennent la voir.

Lovée dans son fauteuil, le Dr Kadi Sy Bizet répond au téléphone avec une égale bonne humeur. Son visage délicat au maquillage soigné est mangé par un sourire éclatant. Dans son modeste cabinet du 19ème arrondissement de Paris, Kadi Bizet tient plus du mannequin que du docteur, et pourtant… Née à Abidjan d’un père peule-malien et d’une mère ivoiro-alsacienne, elle est devenue en quelques années LA spécialiste en France de la « médecine esthétique » pour les peaux noires et métisses.

Après une enfance et des études passées en Afrique, elle vient poursuivre, à 20 ans, sa médecine à Paris. Elle rencontre son mari sur les bancs de la faculté et le suit lorsqu’il est nommé à Madagascar, en 1983. « Je ne pouvais pas travailler car je n’étais pas malgache, alors j’aidais les religieuses dans un centre pour lépreux », se souvient-elle. Au bout d’un an, retour à Paris. La belle ne sait toujours pas dans quelle spécialité exercer. Son père la veut ophtalmo, sa mère la voit gynéco. Elle sera médecin esthétique. Elle est la seule sur le créneau.

Souci esthétique

« Il ne s’agit pas de chirurgie mais de prendre en compte, en tant que médecin, le souci esthétique de ses patients. Les besoins des femmes de couleur sont spécifiques. Elles ont les cheveux crépus, une peau qui a tendance à tacher. » Elle souhaite apporter ses compétences à son pays natal et retourne donc en Côte d’Ivoire. « Lorsqu’on a la nationalité ivoirienne mais qu’on a fait ses études ailleurs, on doit un an de travail à l’Etat, c’est une sorte de « Service national ». J’ai demandé à être mutée dans un hôpital périphérique et je me suis retrouvée dans une région agricole, au sein d’un établissement qui n’avait pas eu de médecin depuis deux ans. J’y ai effectué une médecine générale, sans personnel, sans moyens et avec beaucoup d’urgences, comme des plaies à la machette sur-infectées montrées d’abord au sorcier du coin par manque de confiance dans le médecin… »

Après cette expérience, elle ouvre un cabinet à Abidjan avec son mari pendant 2 ans. Puis, la situation politique commençant à se dégrader, elle quitte l’Afrique. « Je faisais une médecine de luxe à Abidjan, le pouvoir d’achat était trop bas pour ma spécialité. » Kadi Bizet ouvre son cabinet de médecine esthétique à Paris en 1991, avec son mari, médecin généraliste. Pour se faire connaître, elle propose d’écrire des articles gratuits dans les magazines spécialisés, passe à la radio, compte sur le bouche à oreille, forme les esthéticiennes de Fashion Fare, aide Kanellia dans la formulation de ses crèmes.

Le livre de la beauté noire

En 1999, elle passe à la vitesse supérieure et sort Le livre de la beauté noire. « Je répétais souvent les mêmes conseils préventifs lors de mes consultations : j’ai donc décidé de mettre mon expérience dans un livre et que celui-ci soit un élément de référence, pour que les lectrices se prennent en charge sans passer par mon cabinet. Je me suis prise au jeu de l’écriture, c’était comme une grossesse et j’ai eu le syndrome post-partum ! C’est pourquoi j’ai écrit un deuxième livre, un roman, et qu’un troisième est en préparation. »

Dans son ouvrage, elle dénonce la pratique du blanchissement de la peau qui laisse beaucoup de séquelles. « J’aide les femmes à sortir du cercle vicieux de l’éclaircissement. Il y a une partie thérapeutique, le sevrage, et une prise en charge psychologique. Je travaille sur les générations futures et ça marche. Les jeunes ont réalisé que c’était dangereux pour elles. »

Réparer les cicatrices

Khady Bizet aide les femmes à cacher leurs taches, à réparer leurs cicatrices. « Certaines ont des séquelles de blessures d’enfance et n’osent pas se mettre en jupe l’été… Je corrige aussi les erreurs cosmétiques transmises de mère en fille, les problèmes capillaires. Ma clientèle s’est rajeunie involontairement, les mères m’ont amené leurs filles ! Celles-ci se prennent plus en main, elles font la démarche de consulter assez tôt. J’ai une clientèle de 15 à 60 ans, de classe sociale modeste. »

Son cabinet, niché dans un immeuble sans faste du 19ème est de ce point de vue stratégique, « je ne voulais pas effrayer mes patientes et payer peu de charges me permet de ne pas pratiquer des honoraires trop chers ». Kady Bizet est complète, proposant même une prise en charge diététique et des conseils en nutrition. Résultat : la relation de confiance médecin-patient prend avec elle tout son sens.

Beauté et dépendance

« Il y a parfois de la dépendance. Certaines patientes me téléphonent d’un magasin parce-qu’elles hésitent entre plusieurs rouges à lèvres ! J’aime bien que ça déborde du cadre de la médecine. Les problèmes physiques peuvent venir de vécus affectifs douloureux, les femmes ont besoin d’être écoutées, entendues et conseillées. J’écoute plus que je ne parle. Je fais beaucoup de psychologie. Je remarque beaucoup de femmes célibataires, en manque d’affection, qui élèvent seules leurs enfants et je vois beaucoup de souffrance affective chez les Africaines de France. Elles viennent prendre en charge leur beauté pour compenser ce manque. »

Très à l’aise et sexy en diable, on comprend pourquoi les femmes qui viennent en consultation ne peuvent plus se passer de ses conseils. Le téléphone n’arrête pas de résonner. « Ah bonjour, comment ça va ? Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vues, hein ? Vous me raconterez tout ça bientôt ! » Enjouée, elle est repartie vers ce qu’elle connaît le mieux : ses patientes.