La mécanique de la réussite

Une femme à la tête de la Fédération ivoirienne de sport automobile. Kady Angelbert, l’une des rares pilotes du sexe faible, a réussi à s’imposer dans cet univers extrêmement masculin. Parcours d’une femme qui a du mal à mettre la pédale douce.

Kady Angelbert est une exception dans le milieu du sport automobile ivoirien. Première femme pilote, elle est l’une des seules à l’être encore aujourd’hui et à évoluer dans cet univers masculin à l’extrême. Kady Angelbert est à la tête de la Fédération ivoirienne de sport automobile. Un poste qu’elle a occupé de 1989 à 1992 avant de le quitter à cause d’une hostilité grandissante à son égard après qu’elle eut donné au sport automobile ivoirien ses lettres de noblesse en le faisant participer aux Championnats du monde.  » Du jour de mon départ, on a retiré la Côte d’Ivoire de toutes les compétitions internationales « , se souvient-elle.

Résultat : ceux-là même qui avaient souhaité son éviction la prient de reprendre la tête de la Fédération. Ce qu’elle accepte en 2000,  » pour la nation ivoirienne « . Et aussi pour remettre sur la route ce sport qu’elle aime tant.  » J’ai la charge de tout ce qui est propulsé par un moteur « , explique-t-elle, évoquant les courses auto bien sûr, mais aussi les compétitions à motos, à mobylettes, le karting, le catamaran et le jet-car (voiture à réaction).

Baptême du feu

Dans le sport depuis 1972, elle participe au comité d’organisation du Rallye Côte d’Ivoire Bandama. Elle prend plaisir à suivre les courses. Mais son baptême du feu se fera sur une piste auto. Une fois montée dans une voiture pour une initiation, elle ne voudra plus en descendre. A partir de 1986, elle court pour Maza et Marlboro.

Au fil du temps, la peur s’efface pour n’être plus qu’un vague souvenir.  » C’est plutôt ma mère qui est effrayée pour moi. Elle l’est encore aujourd’hui, contrairement à mon père qui m’a toujours encouragée. Il a financé ma première course car il est difficile de trouver des sponsors quand on est un jeune pilote, et d’autant plus si l’on est une femme. C’est ce geste qui m’a fait devenir ce que je suis. Je suis heureuse car mon père est fier de moi aujourd’hui. » Ce qui la pousse à prendre le volant ?  » La richesse de la victoire. Le sport automobile nous permet d’arriver à nous maîtriser et à nous surpasser à chaque fois « , exulte Kady.

Dame de fer

Son plus beau souvenir de compétition reste sa première participation au Rallye Bandama. C’était en 1986.  » Ma mère est venue m’accueillir à l’arrivée. J’ai pleuré de joie en la voyant.  » Pour le reste, elle est catégorique : mieux vaut courir avec un homme. Pour les problèmes de mécanique et les grosses pannes.  » Les filles font trop de chichis. Lors d’une de mes premières courses, ma coéquipière n’a pas voulu faire les reconnaissances avec moi car elle devait aller chez le coiffeur ! A partir ce jour, j’ai décidé de toujours courir avec un homme.  »

Pourtant, elle avoue :  » Les hommes n’aiment pas se laisser dominer par une femme mais j’ai réussi à m’imposer dans ce milieu. Quand vous êtes en compétition, il faut leur montrer que vous êtes à leur niveau et même plus haut.  » Kady ne se laisse ni faire ni conter. Elle y a gagné son surnom de  » dame de fer du sport automobile ivoirien « . Un surnom dont elle se passerait bien mais qui colle à son image. Celle d’une femme entreprenante, qui fourmille de projets pour son sport de prédilection.

Valeureux pilotes

 » Je veux remettre le sport automobile de notre pays à un niveau mondial. Nous avons les compétences qu’il faut pour participer à nouveau aux Championnats du Monde « , affirme-t-elle. Aujourd’hui, les sports mécaniques ont leur place en Côte d’Ivoire,  » après le foot  » bien sûr.  » On arrive à remplir le stade avec des compétitions de mobylettes « , souligne-t-elle  » et pour la course auto, nous avons de valeureux pilotes dont je suis fière, des gens reconnus en Côte d’Ivoire et ailleurs.  »

Kady n’a pas participé à la 31ème édition du Rallye Côte d’Ivoire Bandama qui a pris fin le 1er décembre dernier car elle n’avait pas de voiture.  » Mais je veux remonter une écurie « , insiste-t-elle. Avec des hommes.