La marche noire des Kabyles

Ils étaient plus d’un demi million de Kabyles à marcher dans le calme à Tizi Ouzou, capitale de la Grande Kabylie. Historique. Les manifestants réclament la reconnaissance de la langue berbère et la justice sociale. Et fustigent l’inertie du pouvoir.

Noir. Une marche noire pour commémorer les 80 jeunes morts lors des émeutes qui ont secoué la Kabylie. Une marche noire de monde, plus de 500 000 personnes, une marche noire car les manifestants arboraient des drapeaux et bandeaux noirs. Deuil.  » Le pouvoir doit comprendre que l’Algérie a changé, qu’elle aspire à plus de démocratie. Il doit comprendre que les Kabyles ne renonceront jamais à leur langue et leur culture. Le peuple en a marre de la hogra (mépris) « , souligne Ferhat Mehenni, chantre de la chanson engagée et président du Mouvement culturel berbère (MCB). Les villageois ont quitté très tôt leurs montagnes pour descendre lundi à Tizi Ouzou, la capitale de la Grande Kabylie.  » Ce n’est pas une marche organisée par des partis politiques. Notre mouvement est spontané, c’est les comités de villages qui décident tout en complète transparence « , tranche Djamel, membre du comité du village de Larbaa Nath Irathen.

Algérie en danger

Les manifestants scandent des slogans très hostiles au pouvoir et s’en prenaient surtout à la gendarmerie, accusée d’assassinats. Organisés en carrés représentant chacun un village ou une commune, ils réclamaient quatre heures durant le départ de la gendarmerie de la Kabylie. Dans le carré d’Ath Douala, dirigé par le père de Massinissa, le premier jeune tué dans les locaux de la gendarmerie, des lycéens amis et toute la famille de la victime scandaient « Pouvoir assassin », « Gendarmes terroristes ».

Cette marche, au-delà de la revendication identitaire et de la commémoration des victimes, porte en elle les aspirations d’une Algérie démocratique. Les manifestants, prenant fait et cause pour les journalistes et la liberté de la presse, fustigent  » le code pénal de la honte  » et  » commission d’enquête, une trahison « . Le pouvoir algérien a fait un geste d’apaisement : il a accepté de reporter les examens du bac.  » On ne peut pas demander aux lycéens, moins d’un mois après l’assassinat de 80 d’entre eux, de préparer normalement le bac « , s’indigne Hamid. Les examens auront lieu en septembre.