La Guinée verrouillée

La fermeture des frontières et le licenciement d’un général de l’armée, samedi 27 novembre, sont le signe que la Guinée est toujours sous tension trois semaines après les présidentielles. L’état d’urgence décrété le 17 novembre par le général Sékouba Konaté est toujours en vigueur, en attendant que les résultats définitifs du second tour de l’élection soient proclamés, le 2 décembre.

Impossible d’entrer en Guinée à l’exception de la voie des airs. Jean-Marie-Doré, premier ministre de la transition en Guinée, a annoncé samedi 27 novembre que « toutes les frontières terrestres, maritimes et fluviales de la République de Guinée, sont fermées à l’entrée, sur tout le territoire national et jusqu’à nouvel ordre. Aucune sortie n’est autorisée sans l’accord spécial des autorités compétentes », précise le communiqué du Premier ministre, lu à la radio nationale. L’annonce n’a fait l’objet d’aucune explication. Il s’agirait de simples de « mesures de précaution ». Suite à la fermeture des frontières, le gouvernement Sierra-Léonais a fait part de son inquiétude. « Ce qui nous inquiète, c’est le fait que certains de nos concitoyens soient de l’autre coté de la frontière. Nous pensons qu’ils devraient être autorisés à rentrer en Sierra-Leone », a déclaré Ben Kargbo, le premier ministre Sierra-léonais.

Selon le site d’information Guinée 24, « l’arrestation d’un camion de munition et de fusils de chasse de type calibre 12 dans la région de Boké, il y a eniron trois mois, la découverte de plus de 350 PMAK dans les fiefs de l’UFDG, dans la commune de Ratoma, à Conakry, notamment dans les quartiers de Démoudoula, Cosa et Bambéto, ainsi que l’arrestation, cette semaine, par les autorités du Nigéria, d’un bâteau remplis d’armes de guerre à destination d’un pays de notre sous région », justifieraient la décision du Premier ministre de la transition.

Le chef d’état major adjoint des forces armées limogé

Le Général Sékouba Konaté a pour sa part limogé le 27 novembre, par décret, le chef d’état-major adjoint des forces armées, Aboubacar Sidiki Camara, alias « Idi Amin ». Pièce maîtresse lors de la prise du pouvoir en décembre 2008 du Conseil national pour la démocratie et le développement, il avait été arrêté en mai 2009 par des éléments de la garde présidentielle du capitaine Dadis Camara. Puis libéré et nommé membre du Conseil national de la transition (CNT) par le Général Sékouba Konaté qui l’avait nommé au poste de chef d’état-major, peu après sa prise de pouvoir en janvier. Il a été remplacé, samedi, par le Général de brigade Nomory Traoré, précédemment commandant du camp Kèmè Bourema de Kindia, une zone militaire située à 130 km de Conakry.

Les décisions du pouvoir de transition guinéen, montrent à quel point la tension demeure vive en Guinée. L’annonce de la victoire d’Alpha Condé, qui a remporté 52,52% des voix face à Cellou Dalein Diallo 47,48%, lors du second tour de la présidentielle le dimanche 7 novembre, avait plongé le pays dans la violence. Les plus graves incidents ont eu lieu dans la banlieue de Conakry, peuplée majoritairement de Peuls favorables à Cellou Dalein Diallo. Le bilan : sept morts. Des données établies par l’AFP à partir de différentes sources, les autorités n’ayant pas évoqué de décès. Alors que la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho), une ONG basée à Dakar, évoque une « dizaine de morts ».
En raison de ces heurts meurtriers, Sékouba Konaté, actuellement en visite privée au Maroc pour des soins médicaux, avait décrété l’état d’urgence le 17 novembre jusqu’à la publication des résultats définitifs. Une mesure accompagnée de l’entrée en vigueur d’un couvre-feu nocturne.

La Guinée retient désormais son souffle, dans l’attente des résultats définitifs de la présidentielle, le 2 décembre, dont l’annonce pourrait mettre fin à la crise politique.