La Guinée-Bissau recherche son mauvais génie national

Le général Ansumane Mané, auteur récidiviste du putsch manqué du 20 novembre, court toujours. Le gouvernement affirme que l’opposition soutenait sa tentative.

Il manque une pièce au puzzle politique bissau-guinéen, et pas n’importe laquelle. Il s’agit du général Ansumane Mané, putschiste récidiviste en fuite depuis jeudi dernier, à l’issue d’une tentative de reprendre la fonction de chef d’état-major militaire que lui avait retirée le pouvoir civil.

Samedi, une dépêche de l’agence américaine Associated Press annonçait pourtant la reddition du général en fuite. AP donnait même des détails, expliquant qu’Ansumane Mané s’était réfugié au sein d’une mission catholique. Mais lundi matin, les forces gouvernementales annonçaient être toujours à la recherche du mutin.

Ce n’est que la dernière étrangeté du nouvel épisode de trouble qui a commencé lundi 20 novembre en Guinée-Bissau. Le porte-parole du président élu Kumba Yala avait annoncé auparavant que des députés d’opposition (non nommés) étaient impliqués dans la tentative de coup d’Etat. Trois d’entre eux avaient dû par conséquent être incarcérés, affirmait le porte-parole, sans attendre que le Parlement ne prononce la levée de leur immunité parlementaire.

Pouvoir de nuisance

A Bissao, d’aucuns pensent, depuis, que le pouvoir civil pourrait ne pas être seulement victime des récents événements – conclus très vite par la débandade des putschistes.

Quoi qu’il en soit, la figure du général Mané est bien celle d’un danger permanent pour le pouvoir civil de son pays. C’est déjà lui qui a déposé en 1998 Joao Bernardo Vieira, premier président élu du pays et a mené contre lui une guérilla de onze mois, jetant des centaines de milliers de ses compatriotes loin de chez eux. Lui encore qui soutenait, à la fin de l’année dernière, le candidat opposé à l’actuel président Yala. Le pouvoir de nuisance du général est tel que l’ONU, avant même de connaître les tenants et aboutissants du putsch du 20 novembre, a déclaré à Mané qu’il serait tenu pour personnellement responsable des troubles éventuels qui pourraient ensanglanter son pays.

La Guinée-Bissau est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec un revenu annuel par habitant inférieur à 160 dollars US. C’est en vue de faire des économies que le pouvoir civil avait décidé, en août dernier, de ramener le nombre des militaires de 15 000 à 9 000 membres.