La grippe aviaire progresse en Afrique

Le Sous-Directeur général du Fonds des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a annoncé, le 10 juillet à Genève (Suisse) que la grippe aviaire progressait en Afrique. Explications de Joseph Domenech, chef du service de santé animale de la FAO.

La grippe aviaire s’étend en Afrique. Le Sous-Directeur général du Fonds des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a déclaré le 10 juillet à Genève, lors d’une réunion du Conseil économique et social des Nations Unies consacré à la maladie. « Dans la majorité des cas, là où l’influenza aviaire hautement pathogène est apparue, nous avons réussi – la communauté mondiale et les pays concernés – à la circonscrire », a expliqué David Harcharik. Seulement voilà : si l’Europe et une grande partie de l’Asie du Sud-Est sont concernés par ce constat, l’Indonésie et le continent noir posent toujours problème. Le virus H5N1 frappe d’ailleurs aujourd’hui huit pays africains. Etat des lieux avec Joseph Domenech, chef du service de santé animale de la FAO.

Afrik : Quels sont les pays africains touchés par la maladie ?

Joseph Domenech :
On en compte huit. A l’Ouest : le Nigeria, le Niger, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. A l’Est : le Soudan, l’Egypte et Djibouti.

Afrik : Comment expliquez-vous que la maladie se propage ?

Joseph Domenech :
Nous avons deux hypothèses. L’introduction d’animaux vivants non déclarés et le commerce de ces animaux. Le Burkina a, par exemple, de très nombreux échanges avec la Côte d’Ivoire. Toutefois, au Nord du Cameroun, ce sont des oiseaux sauvages (des canards) qui ont été infectés, donc nous ne sommes pas sûrs. Au Nigeria, le séquençage du virus a montré qu’il y avait plusieurs souches différentes venant d’Asie au cours du même mois. Cela renforcerait l’idée de l’introduction de la maladie par la faune et le commerce. En Afrique de l’Est, on pense au commerce important avec la Turquie, par exemple. En Egypte et à Djibouti, il s’agirait d’une contamination via le commerce. Mais en l’absence d’enquête sur la faune sauvage, il est difficile de déterminer les causes pour Djibouti et le Soudan. Mais il faut continuer à travailler et notamment regarder ce qui se passe en Europe avec la fin de la migration.

Afrik : Au Nigeria, des éleveurs se sont endettés auprès des banques pour faire face à la grippe aviaire, mais ils n’ont jamais reçu les indemnités promises par le gouvernement. Pensez-vous que la crainte de ne pas être indemnisés a poussé des éleveurs à ne pas abattre leurs volailles malades ?

Joseph Domenech :
S’il faut abattre et que l’abattage ne se fait pas rapidement, la maladie se propage et il faut abattre encore plus, ce qui n’est pas évident. Plus il y a de villages concernés par la maladie, plus c’est difficile. Par ailleurs, si les indemnisations ne tombent pas tout de suite, les éleveurs ne font pas confiance au gouvernement et ils ont tendance à ne pas déclarer les cas. Ce qui rend difficile l’éradication.

Afrik : Le Sous-Directeur général de la FAO parlait d’un risque d’endémie dans plusieurs pays africains. Quelle serait sa conséquence sur les milieux sanitaire et économique ?

Joseph Domenech :
Si la maladie devient endémique, elle sera une plaie en plus pour le secteur de la production (les producteurs vont perdre leurs revenus) et pour le commerce. Ce sera un problème en plus de la maladie de Newcastle, très meurtrière. Côté sanitaire, il peut y avoir une souche responsable d’une pandémie humaine, car il y a plus de chances que le virus humain et celui de la grippe se rencontrent.

Afrik : Pensez-vous que les autorités des pays africains soient transparentes quant à l’évolution de la maladie ?

Joseph Domenech :
En général, elles sont transparentes car les services vétérinaires savent qu’on peut pas cacher cette maladie. Le problème ne se situe pas vraiment au niveau de la transparence, mais de la capacité à vite déceler la maladie, à faire le diagnostique rapidement,… et tout cela prend du temps en Afrique. La couverture sanitaire n’est pas optimum, mais c’est lié au sous-développement. Entre l’introduction et la confirmation et la déclaration de la maladie, il peut se passer un ou deux mois dans les premiers temps, lorsque les autorités ne reconnaissent pas encore bien les symptômes. Les éleveurs sont en effet habitués à voir beaucoup de mortalité de volaille à cause de la maladie de Newcastle. Autrement, il faut compter deux à trois semaines entre l’envoi des échantillons dans un laboratoire étranger et la réception des analyses. Il faudrait donc des laboratoires nationaux, plus d’acteurs de terrain et une couverture sanitaire permettant la sensibilisation des éleveurs.

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