La France a un nouveau Premier ministre

Après le « Non » des Français à la Constitution européenne, Jean-Pierre Raffarin cède sa place à Dominique de Villepin au poste de Premier ministre. Ce diplomate dans l’âme, né au Maroc et qui n’a jamais caché sa « fibre » africaine, suscite autant l’admiration que l’énervement. Portrait.

Dominique de Villepin, nouveau Premier ministre français : la nouvelle n’est pas surprenante. Malgré une orchestration médiatique impeccable de la journée de mardi et le soit-disant choix cornélien du Président Chirac (qui a fait semblant d’hésiter entre de Villepin et Sarkozy), on savait bien qui était le « préféré », le fidèle entre les fidèles…Un sondage Ipsos-Le Point du mois de mai le classait dernier parmi les trois « premiers ministrables » en lice. Sa côte de popularité étant à 47%, contre 52% pour la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie et 55% pour l’actuel président de l’UMP, Nicolas Sarkozy… Mais qu’importe. Il a pris ses fonctions à Matignon, après le « Non » retentissant qu’a lancé la France au projet de traité constitutionnel européen.

Qui est le nouveau premier ministre des Français ? Une personnalité qui ne laisse personne indifférent, à gauche comme à droite, en France comme à l’étranger. Le Figaro le présente comme un « personnage de roman », lui « qui oscille toujours entre Le Cid et Cyrano, le pont d’Arcole et Wagram ». Le quotidien évoque son « profil de diplomate-aristo », ses « élans », ses « foucades », ses « emportements et ses détestations ». Et, surtout, sa « verve » : « ce flot de paroles qui ensevelit ses interlocuteurs ». « Villepin n’est pas loin de se prendre pour la France », indique encore le journal qui parle de son « ambition sans bornes ». Pour Libération, c’est un « adepte des discours ronflants », un « monomaniaque de la grandeur de la France » et un « Européen tiède », « animé d’une détermination froide, servie par un goût sans limite pour les petites manœuvres, les coups politiciens, les calculs »…

L’homme des adjectifs

Si l’homme apprécie les discours grandiloquents où pointe la nostalgie gaulliste, en retour, la presse française ne tarit pas d’adjectifs à son endroit ! « Impétueux », « fantasque », « excessif », « fougueux », « autoritaire », « violent », « passionné ». Avec lui, les journalistes semblent avoir retrouvé la voie du dictionnaire… Libération s’interroge : « Après les raffarinades, les ‘villepiniques’ ? Héritier d’un tradition de diplomates-poètes très vivace au Quai d’Orsay avant la guerre, Villepin aime faire chanter un français sophistiqué et parfois ampoulé. »

Il est vrai que depuis que cet homme de l’ombre a été mis dans la lumière par Chirac, avec deux nominations successives à des ministères, rien ne semble l’arrêter… de parler ! On lui reproche son bagout assommant, son arrogance à la française, son goût de la grandeur. Plus sérieusement, certains pointent une « inexpérience » en politique du fait qu’il n’a jamais été élu. Après Georges Pompidou, en 1962, et Raymond Barre, en 1976, il est le troisième Premier ministre nommé sans avoir affronté le choix des urnes. On se rappelle aussi qu’il fût l’un des concepteurs de la malheureuse dissolution de l’Assemblée nationale en 1997 qui mena à la cohabitation.

L’enfance marocaine

Fils d’un sénateur centriste, Dominique de Villepin est né à Rabat, au Maroc, en 1953. Il passe sa jeunesse à l’étranger : Amérique Latine, Etats-Unis, Vénézuela. Après des études littéraires et juridiques, il sort de l’Ecole nationale d’administration (Ena) en 1976 et entre au RPR en 1977. En 1980, il rencontre Jacques Chirac. La même année, il est chargé de mission au Quai d’Orsay. Il sera ensuite Premier secrétaire à l’ambassade de France à Washington (1984) et ministre conseiller à l’ambassade de New-Delhi (1989). En 1993, il est directeur de cabinet d’Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères.

De 1995 à 2002, il occupe le poste très stratégique de secrétaire-général de l’Elysée, auprès du Président Chirac qui le nomme en mai 2002 ministre des Affaires étrangères. Ce qui va comme un gant à ce diplomate de carrière élancé et charmeur, à la crinière argentée et au verbe haut. Le 14 février 2003, son discours à l’Onu, quintessence de la « résistance française » à la guerre en Irak, restera dans les annales. En mars 2004, il succède à Nicolas Sarkozy à l’Intérieur avec moins d’aisance. Son bilan : une multiplication des expulsions, avec « 4 431 personnes reconduites à la frontière au premier trimestre 2005, soit 87,40% de plus lors de la même période de 2004 », selon Libération. Ainsi que l’annonce de la création d’une police de l’immigration et d’un Office central de lutte contre le travail illégal.

De Villepin l’Africain…

Et pour l’Afrique ? Né en terre africaine, Dominique de Villepin garde un attachement profond pour le Continent. Il l’a montré ces dernières années en multipliant les voyages et en s’investissant personnellement (parfois avec excès) pour régler certaines crises, comme celle de Côte d’Ivoire. Marcoussis, c’est lui… Son arrivée aux Affaires étrangères semblait renouer avec la tradition gaulliste de soutien à l’Afrique. Peu après sa nomination, suite à un déplacement en Angola, au Mozambique, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, il avait annoncé les grands axes de la politique africaine de la France : contribuer à la résolution des conflits, soutenir le processus de consolidation démocratique, relancer et maintenir l’aide publique au développement.

En 2003, il déclarait au Figaro que la France était « un avocat de l’Afrique dans tous les forums internationaux pour remettre ce continent au cœur des préoccupations internationales ». Le 13 juin de cette même année, lors d’un discours à l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, il déclarait sa flamme au continent noir : « Je veux redire ici que l’Afrique représente pour la France un devoir de solidarité, une exigence de justice, mais aussi une terre d’amitié et de fidélité. Ayons conscience qu’il s’agit là d’une relation privilégiée et partagée : l’Afrique élargit notre horizon et enrichit notre ambition. Avec elle, nous pouvons donner un sens plus humain à notre engagement pour l’avenir. » Paroles, paroles, paroles ?