La Fondation Chirac sur le front du développement durable

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Jacques Chirac a lancé ce lundi, au Bénin, « l’appel de Cotonou ». L’ancien président français annonce ainsi une campagne de mobilisation de sa fondation contre les médicaments falsifiés qui font chaque année des dizaines de milliers de morts. Ce combat est l’un des axes majeurs de cette fondation, qui œuvre aussi pour un meilleur accès à l’eau potable, contre la déforestation et la disparition des langues. Valérie Terranova a participé activement à la création de l’organisation dont elle est secrétaire du conseil d’administration. Elle nous a accordé une interview.

TerranovaV.jpgQue faire quand on a dirigé la France pendant plus d’une décennie et que l’on est un boulimique d’action ? Jacques Chirac a choisi de s’investir dans la fondation qui porte son nom et qu’il a créée courant 2008, après avoir quitté l’Elysée. Son objectif est « d’œuvrer pour la paix, pendant qu’il en est encore temps » avec le souci d’harmoniser la répartition des richesses et de résoudre les conflits en anticipant sur les actions à venir et en accompagnant celles entamées sur le terrain. Lui, qui durant plus de quarante ans aura exercé les plus hautes fonctions politiques en France (maire de Paris pendant 18 ans, deux fois Premier ministre, deux fois président de la République, entre 1995 et 2007), entend désormais « servir autrement », en œuvrant pour le développement durable et le dialogue des cultures. Pour le seconder, Valérie Terranova, ancienne secrétaire adjointe au RPR, qui fut sa proche collaboratrice lorsqu’il dirigeait la mairie de Paris (elle y a été sa chargée de mission à 24 ans). Cette surdouée polyglotte (elle parle 5 langues), qui organisa l’année de la France au Japon et en Chine, est restée l’une de ses conseillères les plus dévouées. Elle fait partie du noyau dur qui entérina l’idée de créer une Fondation Chirac et travailla à sa rapide mise en place.

Afrik.com : Comment est venue l’idée de créer cette Fondation Chirac ?

Valérie Terranova :
L‘idée est venue un peu naturellement, compte tenu de la continuité des sujets entamés par Jacques Chirac lors des ses présidences.

Afrik.com : Quelle est la vocation de cette Fondation Chirac ?

Valérie Terranova :
Elle a pour vocation de faire vivre les quelques engagements de fond de Jacques Chirac en tant qu’homme d’Etat, c’est pour cela qu’elle porte son nom.

Afrik.com : Le nom de Jacques Chirac, est-il une Appellation d’Origine Contrôlée, une « AOC » ?

Valérie Terranova :
Oui, en quelque sorte, c’est à peu près ça !

Afrik.com : Est-il très présent ? Est-ce qu’il gère vraiment la fondation ?

Valérie Terranova :
Oui, il est très présent, à toutes les Assemblées Générales (il y en a tous les 2 à 3 mois, contrairement à beaucoup de fondations où il n’y en a qu’une annuelle). Au départ, nous étions cinq personnes à constituer un noyau dur : Jacques Chirac, président, René Ricol, Bernard Vatier, Jean Pierre Lafon et Michel Camdessus, vice-présidents, et moi-même qui suis secrétaire du conseil d’administration.

Afrik.com : Quels sont les principaux axes d’actions de cette fondation?

Valérie Terranova :
On a choisi de se concentrer sur 4 axes : la lutte pour l’accès à l’eau, la lutte pour l’accès aux médicaments, la lutte contre la déforestation et la lutte contre la perte des langues.

Afrik.com : Quelles sont ses actions en Afrique ?

Valérie Terranova :
Avec la Banque Africaine de Développement (BAD), la fondation Chirac agit pour améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement au Mali. Cette vidéo présente l’action déjà réalisée par la BAD au Sénégal. Nous agissons également au Mali, où dans les zones rurales le taux d’accès à l’eau potable est de 49%. Grâce à nos actions dans les régions de Gao, Koulikoro et Ségou, la fondation fournira de l’eau potable à 24 000 personnes et un assainissement décent à 9 000 personnes. L’objectif étant d’atteindre le taux de 82% d’accès à l’eau de la population en 2015, soit 4,2 millions de personnes.

Afrik.com : Quelles sont les autres régions du monde ou pays cibles de votre action ?

Valérie Terranova :
L’Afrique est essentielle mais il y aussi le Liban, l’Inde, le Bangladesh.

Afrik.com : Avec des éminences comme Jacques Chirac, ex-président de la République française, Michel Camdessus, ex-patron du FMI, Koffi Annan, ex-Secrétaire général de l’ONU, aux commandes de cette fondation, peut-on considérer cette dernière comme un outil politique ?

Valérie Terranova :
Koffi Annan est membre d’honneur, ainsi que Fernando Henrique Cardoso, (ex président du Brésil), Mohamed Yunus (Prix Nobel de la paix), Abou Diouf (Secrétaire général de la Francophonie) et plein d’autres éminentes personnalités. Ce sont tous des militants de la paix, du dialogue et du développement qui disposent surtout d’un capital humain énorme et qui s’investissent dans des actions de terrain.

Afrik.com : Comment êtes-vous organisés ? Travaillez vous avec des institutionnels, des ONG ?

Valérie Terranova :
Nous travaillons avec des ONG essentiellement. Par exemple, au Bénin, nous arrivons en complément sur un programme qui existait déjà de laboratoire de contrôle des médicaments. Nous nous sommes greffés à leur action qui était déjà entamée et efficace, et travaillons en partenariat avec eux pour l’extension du laboratoire. Cette initiative va permettre de mieux lutter contre les contrefaçons de médicaments, qui peuvent atteindre jusqu’à 30% dans certains pays. Vous savez le marché de la contrefaçon des médicaments est estimé à 75 milliards $ pour 2010 !

Afrik.com : C’est énorme !

Valérie Terranova :
Oui, c’est une somme comparable à celle du trafic de drogue. On ne se rend pas compte de l’ampleur de ce fléau et de sa gravité quant à son impact sur les populations les plus vulnérables qui sont forcément les plus pauvres, comme par exemple les anti-paludiques dont 70% des formules qui circulent sont dotées d’un principe actif sous dosé… D’après l’OMS ce sont 200 000 vies qui pourraient être sauvées chaque année si les bonnes doses étaient réellement prescrites.

L’appel de Cotonou contre les faux médicaments from Fondation Chirac on Vimeo.

Afrik.com : C’est donc là le principal défi que la Fondation Chirac s’est fixé ?

Valérie Terranova :
Oui, mais pas seulement. Le dialogue des cultures est essentiel aussi pour éviter les conflits.

Afrik.com : Vous avez mis en place le programme « Sorosoro ». Qu’est-ce que ça veut dire ?

Valérie Terranova :
« Sorosoro » qui veut dire « souffle, parole langue », en araki, une langue parlée seulement par 8 personnes au Vanuatu, est un programme essentiel de conservation des langues comme patrimoine immatériel des peuples et des cultures… Il est difficile à mettre en place, car les gens considèrent que c’est un problème secondaire, loin des autres priorités. Or la Fondation réunit tous les efforts et bonnes volontés pour faire passer le message disant que la résolution des conflits, passe beaucoup plus souvent qu’on ne pense par un meilleur dialogue, facilité par la compréhension des langues et des cultures.

Afrik.com: Concrètement ?

Valérie Terranova :
Concrètement, la Fondation a mis en place plusieurs types d’initiatives en accord avec le programme de sauvegarde de la diversité culturelle et linguistique, comme le programme « Sorosoro ». L’UNESCO et la Fondation Chirac se rejoignent sur le terrain de la préservation du patrimoine culturel mondial et de l’utilisation des langues autochtones pour l’alphabétisation des peuples qui les parlent. Avec le « Tropical Forest » Trust nous créons un Centre d’Excellence Social dans le bassin du Congo, et sa radio communautaire associée «Biso na Biso », pour développer la gestion durable des forêts tropicales et lutter ainsi contre la déforestation (ndlr).

Afrik.com : Le 9 juin, cela faisait un an tout juste que la Fondation Chirac avait été lancée. Quel est votre bilan aujourd’hui’ ?

Valérie Terranova :
La Fondation Chirac a été reconnue d’utilité publique, et c’est vrai que ce n’est pas évident en période de crise, mais nous sommes confiants et optimistes sur les actions entamées et à venir. La Fondation essaie de faire vivre une utopie parce qu’on tend vers un monde multipolaire.

 Pour en savoir, visitez le site de la Fondation Chirac et de TropicalForestTrust