La femme noire leader rayonne à Paris

C’est à Paris que se tiendra, du 1er au 2 juillet, le premier congrès mondial des femmes noires leader. D’Afrique, d’Europe, d’Amérique et de la Caraïbe, elles seront toutes là, au siège de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), pour échanger leurs expériences et faire montre de leur indéniable contribution au monde. Sandrah Monthieux Pélage, présidente du congrès, nous parle de cet évènement inédit.

On ne pouvait en attendre moins de Sandrah Monthieux Pélage, présidente du premier congrès mondial de la femme noire. En effet, celle qui à est à l’origine de la traduction anglaise de Hommage à la Femme Noire, (In Praise of Black Woman) livre en 6 volumes, de l’écrivaine d’origine guadeloupéenne Simone Schwarz-Bart, a fait de la reconnaissance des talents et de la contribution de la femme noire au monde son leitmotiv. Plus de sept ans au service de cette cause, en filigrane de sa vie privée et professionnelle, ont donné naissance à la Fédération européenne des femmes noires leader et, aujourd’hui, à cette rencontre inédite. Entretien.

Afrik : Comment est né l’idée de cette rencontre ?

Sandra Monthieux Pélage :
Le congrès mondial de la femme leader noire est une initiative commune de plusieurs associations, à savoir la Fédération Européenne des Femmes Noires d’Affaires, le Global Congress of Black Women Leaders, Inc (Etats-Unis, ndlr) qui va prendre la suite après le congrès, la Zwarte Zaken Vrouwen Nederland et Guamayane (Hollande, ndlr). Les origines de cette rencontre remontent à plusieurs années. Je suis fortement impliquée depuis sa création dans la Fédération européenne des femmes noires leader. Je suis donc confrontée à cette problématique de la place et du rôle de la femme noire depuis déjà un certain nombre d’années. Je me suis rendue compte que la femme noire était en définitive très isolée, qu’elle ne jouissait pas d’une très grande visibilité, qu’elle n’était pas toujours très consciente des talents qu’elle a et peut faire valoir. Les gens non plus d’ailleurs. Ce congrès répond aussi à un besoin des femmes elles-mêmes.

Afrik : Pourtant des femmes leaders sont déjà, en principe, conscientes de leur potentiel ?

Sandrah Monthieux Pélage :
On ne nous considère pas toujours comme telles. Nous sommes parfois traitées avec condescendance et je sais de quoi je parle. J’en ai douloureusement fait l’expérience.

Afrik : Qui sont les participants et de quoi sera-t-il question lors de ce congrès ?

Sandra Monthieux Pélage : Ce congrès est à l’image d’un tableau où des femmes d’horizons divers vont se retrouver autour de différents sujets tels que « la femme noire dans l’économie », « l’image de la femme noire »…. Au nombre des intervenants, on comptera la Brésilienne Mathilde de Ribeiro, secrétaire spéciale, chargée de la politique de la promotion de l’égalité raciale au Brésil. C’est une initiative unique en son genre au monde. Christiane Taubira (député français), Naomi Campbell (Top model, ndlr), Elia Ravelomanantsoa (présidente à Tanarive, des Femmes entrepreneurs de Madagascar, ndlr), Dame Jocelyne Barrow (Présidente de la Commission du Maire de Londres pour l’Héritage afro-caribéen et indien en Angleterre, ndlr), Ayaan Hirschi Ali (membre du Parlement hollandais, ndlr)… Et bien d’autres encore apporteront leur contribution à cette rencontre. Ce sera l’occasion pour tous les participants de se connaître, d’échanger et de partager leurs expériences, d’appréhender la richesse que les femmes noires représentent et de le faire savoir. Le point final à ce congrès sera une grande réception à la Mairie de Paris. Une réception au cours de laquelle un prix sera remis à l’intervenant le plus marquant. Il aura été désigné, sous contrôle d’huissier, par l’ensemble des congressistes.

Afrik : Quels sont les enjeux de cette rencontre ?

Sandrah Monthieux Pélage : Ils sont multiformes : économique, social, politique et humain. C’est d’abord une grande joie de se retrouver. Au point de vue humain, c’est vivifiant. Il est important de mieux nous connaître afin de mettre en œuvre des stratégies pour l’avenir. On nous a donné une place qui n’est pas la meilleure. Je suis quelqu’un qui ne se laisse pas faire. C’est une faculté dont tout le monde ne dispose pas. Pourtant, ma plus grande satisfaction est de voir les gens atteindre leur potentiel. Dans le cas de la femme noire, c’est une question de survie économique. Par ailleurs, il est tout aussi crucial que les institutions, la société civile, les gouvernements se rendent compte de la richesse que nous représentons. Il appartiendra après à tout un chacun, en connaissance de cause, de faire ou non l’impasse sur cette valeur ajoutée qu’est la femme noire.

Afrik : Quelle est-elle cette plus-value de la femme noire ?

Sandrah Monthieux Pélage : C’est une femme qui a l’habitude de faire des miracles avec peu de choses. En d’autres termes, elle est habituée à maximiser. De fait, elle a un talent fou. Imaginez-la donc dans des conditions optimales.

Afrik : Comment allez-vous faire pour capitaliser tous les acquis de cette rencontre ?

Sandrah Monthieux Pélage: Global Congress of Black Women Leaders, cette organisation dont je vous parlais tantôt sera une plate-forme d’échanges pour nous toutes entre les différents congrès. Les prochains se dérouleront successivement aux Etats-Unis et au Brésil.