La dictature de la normalité

Comme toutes ces maladies dites silencieuses, qui tuent sans qu’on ne s’en aperçoive (l’hypertension, l’obésité, l’alcoolisme, le tabagisme, le stress etc), la logique de la normalité imposée par nos sociétés dites modernes a également un effet dévastateur sur le psychisme des individus. Parfois, leurs conséquences sont dramatiques.

Dès la naissance, chaque individu subit une logique de normalité imposée sous forme de règles sociales, de valeurs identitaires ou communautaires ou de normes culturelles. Dans le temps et dans l’espace, elles sont transmises de générations en générations et souvent de manière inconsciente. Selon les sociétés, cette logique qui permet aux individus d’être considérés comme étant dans la « normalité » peut prendre divers aspects.

Dans les sociétés traditionnelles

Dans les sociétés dites traditionnelles, par exemple dans les villages en Afrique, ce critère de normalité se fait par des initiations, des fêtes de génération ou toute autre cérémonies et rituels qui donnent un statut à l’individu dans la société. Il est ainsi reconnu par la société dans laquelle il évolue comme étant dans la normalité des règles, valeurs et normes qui la régissent depuis plusieurs générations. Les individus qui n’ont pas la chance de pouvoir participer à ces pratiques codifiées sont de fait exclus de cette normalité qu’impose cette société.

Dans les communautés religieuses

Quelle que soit la communauté, la société, le pays ou le continent, chaque religion a également ses normes, valeurs et règles qui permettent à tous ses membres de s’y reconnaître et d’être aussi reconnu par les autres fidèles. Pour être donc considéré comme faisant partie de la « normalité » imposée par telle ou telle religion, certaines obligations doivent être respectées par ses membres. Dans la religion catholique, pour être dans la normalité, dès la naissance, il faut être baptisé. Ensuite, faire sa communion, la confirmation etc. Puis, il faut se marier à l’église bien sûr. Mais surtout aller à la messe tous les dimanches et pendant les jours de fêtes. C’est aussi le même principe dans le judaïsme, avec la circoncision pour les garçons, le respect du jour de Shabbat ainsi que des autres fêtes saintes. Dans l’islam, on retrouve la même logique avec le respect des cinq prières quotidiennes et le jeûne. Ces pratiques religieuses permettent d’être considéré comme étant dans la « normalité » religieuse.

Dans les sociétés dites modernes

Contrairement aux autres formes de « normalité » imposée par ce qui vient d’être énuméré plus haut, dans les sociétés dites modernes, elle peut avoir des conséquences redoutables sur le psychisme des individus considérés comme étant hors de cette « normalité ». Cette logique est pour l’instant beaucoup plus visible dans les pays occidentaux. Dès la naissance, en dehors des pratiques religieuses, l’individu est très vite conditionné pour correspondre aux exigences normatives de ces sociétés. Il faut avoir son bac à un âge précis, travailler, tout de suite après à un autre âge donné, avoir son permis de conduire, puis sa voiture, son domicile et être marié ou vivre maritalement et pour finir avoir des enfants. Le respect de la majorité de ces critères permettront alors à l’individu d’être considéré comme « normal », dans une société, qui de fait, exclut, ceux qui ne le sont pas.

Aujourd’hui, avec la mondialisation et l’interdépendance des sociétés, cette logique de normalité qui fait de plus en plus d’exclus, même dans les pays sous développés, commence à inquiéter sérieusement les professionnels des politiques sociales. Le nombre d’exclus de la « normalité » sociale augmente considérablement. Ce phénomène engendre de nombreuses dépressions, voire des suicides dans les pays occidentaux.

Cette exclusion touche désormais le physique et accentue les souffrances psychologiques. A partir d’un certain âge, avec la transformation du corps, cela entraîne des d’exclusions sexuelles et amoureuses, et marginalise des individus qui sont de fait, en dehors des normes de la société de consommation, aux exigences inhumaines. En réponse à cela, les exclus tentent d’exister, comme ils peuvent. Parfois dans l’alcool, la drogue ou le sexe à outrance, pour se raccrocher à la vie. Certains en formant des groupes de pression politique et économique. C’est le cas par exemple, des homosexuels, qui revendiquent le mariage pour tous, afin de s’inscrire dans une forme de normalité républicaine. Mais très vite contestée au nom d’une certaine normalité, qui engendre des exclus.