La crise de l’essence au Nigéria touche le Bénin

Depuis le début de cette première semaine de l’an 2012, le gouvernement nigérian a décidé de suspendre sa subvention de l’essence qui pèse lourd dans le budget fédéral. Cette décision qui fait polémique au Nigeria a des répercussions sur son voisin du Bénin.

Le Bénin est un bon consommateur de l’essence achetée à la pompe au Nigeria mais mal conditionnée pour finalement devenir « essence frelatée ». Ce carburant se vend sur l’ensemble du territoire béninois aux abords des routes. Dès son arrivée au pouvoir en 2006, Boni Yayi, le Chef de l’Etat béninois a vainement tenté d’arrêter ce commerce. Mais depuis mardi dernier, avec un décret de son homologue nigérian Goodluck Jonathan suspendant la subvention de l’Etat fédéral, le président du Bénin a désormais l’occasion de vite agir. De 65 naira à la pompe, le prix du litre d’essence passe à 130 naira au Nigeria.

Comme un éclair, l’information est tombée mardi soir et aussitôt, tous les vendeurs béninois ont opté pour la spéculation en changeant du coup le prix de vente du litre d’essence au bord de la voie. De 400 francs CFA – moins d’un euro-, le litre passe à 900F CFA – plus de 1,50 euros. Cette nouvelle donne renvoie tout le monde vers les stations-service. Et là –bas, le trop plein a tôt fait de créer une pénurie imprévisible. Dès lors, nombre de conducteurs d’engins à deux ou plusieurs roues surtout les taxi-motos, inconditionnels de l’essence frelatée se mettent à monter la garde dans les stations-service pour s’approvisionner en carburant. « Moi je suis un habitué des stations-service. Maintenant les problèmes au Nigeria obligent les habitués de l’essence frelatée à venir ici. Ce qui constitue un encombrement pour nous. », regrette Odon Koukpaki, un assureur de métier obligé de faire la queue à sa sortie du bureau le soir pour acheter de l’essence. Non loin de lui, les pompistes s’empressent de vider le contenu d’un camion-citerne afin de servir les clients qui attendent depuis plusieurs heures. Cette fonctionnaire, déjà fatiguée par le travail de la journée, n’en peut plus. Assise dans sa voiture, elle ne peut s’empêcher de somnoler.

Ça se complique

Alors qu’au Nigeria, la grogne s’intensifie, les vendeurs de l’essence frelatée du Bénin passent des journées de plus en plus moroses. Derrière son étalage depuis le matin, Eric Woulalé ne fait que tourner les pouces. Il s’ennuie car les rares clients qui s’arrêtent devant lui sont aussitôt renvoyés par le prix qu’il leur lance. « 1000 francs Cfa ». « Il paraît qu’ils ont augmenté le prix au Nigeria. C’est pourquoi moi-même j’ai changé le prix ici. », se plait-il à raconter. Pendant que lui passe ses journées à se morfondre, d’autres vendeurs « légaux » n’en peuvent plus dans les stations-services. A l’image de Camos Agbohou, les pompistes sont submergés. Ils sont néanmoins contents de la situation. « Je suis très ravi, même si depuis le matin je n’ai pas encore mangé. Les clients nous sont revenus. », déclare-t-il tout souriant.

Selon les économistes, cette situation doit cependant inquiéter les Béninois. « C’est un commerce informel qui nourrit plein de compatriotes. Donc s’il tarit, il va créer des problèmes sociaux. Dans le même temps, la situation arrange l’Etat béninois qui doit profiter de l’occasion pour mettre de l’ordre dans le secteur en incitant les vendeurs d’essence frelatée à une reconversion. », analyse Albert Honlonkou, Docteur en économie.
Les Béninois espèrent toujours que tout reviendra à la normale au Nigeria dans un bref délai car fréquenter les stations-service n’est pas à la portée de toutes les bourses.