La CPI ou L’UA ? Et si le problème venait d’ailleurs

La Cour pénale internationale, malgré les intentions qui ont présidé à sa création, sur des questions de génocides, crimes contre l’humanité et de crime guerre, se retrouve elle-même jugée, voire déclarée coupable de partialité politicienne Comment est-ce possible ?

La CPI a été créée en 1998, lors de la conférence plénipotentiaire des Nations Unies, le statut de Rome fut signé cette année-là par plusieurs pays. Cependant il est curieux de constater que seuls des africains ont été jugés, et par des juges occidentaux. Une forme hérésiarque du prolongement de la colonisation de l’Afrique par voie d’avilissement judiciaire. Plusieurs éléments paraissent totalement curieux quant au fonctionnement de cette institution; premièrement le choix des dossiers est complètement farfelu. Il y a eu plusieurs conflits dans le monde depuis sa création : la guerre en Irak suite aux mensonges des inspecteurs onusiens, les agressions israéliennes dans la bande Gaza, les guerres civiles etc. Mais curieusement, l’institution judiciaire néocoloniale a choisi de focaliser sur l’Afrique Subsaharienne. Et dans le choix de ses dossiers il y’a encore un nuage d’injustice qui tend à confirmer cette forme de partialité agaçante qui décrédibilise complètement l’institution.

Au Congo par exemple, Jean Pierre Bemba a été arrêté pour des crimes soi-disant commis en RCA où il aurait fait intervenir ses troupes pour soutenir Patassé. Bemba se retrouve donc détenu sans que Patassé – qui était encore en vie – ne soit inquiété. Et ce, alors qu’il s’apprêtait à être reconnu comme leader de l’opposition en RDC. Bizarre ! Au Liberia, Charles Taylor se fait également arrêté tout seul sans que le célèbre chef de guerre Samuel Doe – dont certains crimes ont été rendus publiques par vidéos et donc peuvent à tout moment être prouvés -ne soit inquiété, tandis que Sirleaf Johnson sera plus tard sacrée Prix Nobel de la paix, malgré son soutien à Taylor. Plus récemment en Côte d’ivoire, Gbagbo et sa femme font l’objet de poursuites pour l’un et d’un mandat d’arrêt pour l’autre, sans que ni Soro Guillaume, ancien chef de rebelle, ni Ouattara ne soit inquiété. En somme il s’agit d’une justice pour les Africains, avec un agenda politicien, bien que dans certains des cas, il y ait bien des éléments de crimes avérés. Cependant la CPI – en violation de ses propre statuts – se dessaisit du dossier libyen dans lequel l’absence d’institution judiciaire est avérée. Elle ne se préoccupe pas de la situation des crimes en Irak, ni des massacres perpétrés par les Jihadistes ou par certains dirigeants au Moyen orient. Et ce pour s’acharner une fois de plus sur le Kenya et ses dirigeants.

Il apparaît donc de façon transparente que la CPI promeut une justice partiale en faveur de certains criminels, tendant à laisser penser qu’il y aurait des bons criminels et des mauvais criminels, des bons génocidaires et des mauvais génocidaires.

Le problème est plus lointain

Le dysfonctionnement de l’Organisation des Nations Unies, un peu trop sous influence franco-américaine, est à l’origine de cette situation. L’ONU qui est censée veiller à la paix s’est pourvue d’un instrument judiciaire, qui peut être activé en cas de génocide ou de crime grave. Mais l’on constate que certains dirigeants criminels parviennent à éviter des sanctions. Rappelons ici que la CPI dépend du Conseil de sécurité des Nations Unies et devrait normalement être saisi par celui-ci, lorsque des sanctions sont émises à l’encontre d’un individu. En somme vous n’êtes inquiété que si génocidaire de votre état, vous avez en plus le toupet de menacer les intérêts français et/ou américains. Ce dysfonctionnement des Nations Unies entraîne une instrumentalisation de la CPI et une focalisation sur des terrains sur lesquels les intérêts occidentaux peuvent être menacés, d’où une partialité arrogante.

La Faute est aussi africaine

L’Union Africaine étant une émanation des Nations Unies ne peut y échapper que si elle s’affranchit, dans ses statuts de la tutelle onusienne sans défiance, et renforce son autonomie et ses capacités structurelles pour obtenir de véritables transferts de souveraineté de la part des pays membres. Pour que les chefs d’états soient contraints par les statuts de l’UA et que les juridictions africaines fonctionnent en cohérence avec la Cour de justice de L’UA. Et que cette dernière s’implique un peu plus en amont des conflits, c’est-à-dire dans l’organisation des élections et dans la résolution des conflits frontaliers. Sans une intervention plus structurée de l’UA dans les pays membres et sans une veille plus directe du respect des droits de l’Homme en Afrique, L’UA risque tout simplement de devenir « un machin » de plus entre les mains des plus forts et susciter encore plus de condescendance.