La Constitution sénégalaise améliorera le droit de cité des femmes

Abdoulaye Wade l’a promis lors de son passage à Paris : les femmes seront mieux reconnues dans la loi fondamentale proposée en janvier prochain. Mais pas encore assez, selon l’avis des féministes sénégalaises qui contestent d’abord le maintien de la polygamie.

Le corps électoral sénégalais sera convoqué, début janvier, pour le référendum constitutionnel. Le vote de la nouvelle constitution sera suivi, dès le mois de mars, des élections législatives. C’est en substance la déclaration faite à Paris par le président du Sénégal Abdoulaye Wade, le 21 octobre dernier à la Sorbonne. Pour rester dans le style du changement, le président a inscrit des dispositions novatrices dans la loi fondamentale. Il s’agit de la réaffirmation du droit de lire et d’écrire aux femmes, de la répression du mariage forcé et la reconnaissance aux femmes rurales du droit d’accès à la terre.

En revanche, le président Wade a refusé de se prononcer sur la polygamie, estimant qu’il s’agit d’une institution traditionnelle séculaire, et qu' »on ne peut pas l’interdire ». Certes les femmes ont la part belle des progrès amenés par cette nouvelle loi fondamentale, mais les féministes sont loin d’être totalement satisfaites.

La parité en question

A Thiès, ville située à 70 km de la capitale Dakar, la présidente de « Siggil jigeen  » – un réseau regroupe dix sept associations féminines au Sénégal – tient à réagir aux propos du chef de l’Etat sénégalais. Safiétou Diop pense qu’ « une partie importante de nos revendications demeure sans réponse du gouvernement. Il est vrai, le président Wade a fait des avancées mais le problème de fond est l’accès des femmes aux instances de décisions. Il faut que le principe de la parité soit inscrit dans la constitution pour que demain s’il y a à légiférer sur la question, ce principe ne soit pas attaquable. Les femmes jouent un grand rôle dans le développement et on ne doit pas les reléguer au second plan ».

A observer de près le microcosme politique sénégalais, il apparaît nettement une sous-représentation des femmes aux fonctions électives, dans la haute administration, et à la tête des grandes sociétés d’Etat. Selon Mme Diop, tout est question de volonté politique. Elle considère que l’accès à la terre est une solution partielle pour les femmes rurales, « tant que le gouvernement ne va pas combiner cela avec un véritable programme de lutte contre la pauvreté, la femme ne sera toujours pas libérée » affirme la responsable de Siggil jigeen.  » Pour une femme démunie, à quoi servirait une terre cultivable ? « , s’interroge ainsi Safiétou Diop

Supprimer la polygamie

Militante progressiste, la présidente de Siggil jigeen affirme sans ambages qu' »il faut supprimer la polygamie et légiférer sur la monogamie pour que cela soit clair pour tout le monde. Je crois que la polygamie n’est ni bonne pour l’homme ni bonne pour la femme ». Elle est décidément hostile à « cette pratique d’une valeur négative et rétrograde, la polygamie ne permet pas d’avoir une famille équilibrée « . Aujourd’hui, même si de réelles divergences subsistent quant à la suppression de la polygamie au Sénégal, le discours en vogue dans certaines associations féminines et religieuses consiste à dire que la liberté de l’option échoit aux conjoints. Une position que conteste Mme Diop, arguant que « la femme ne discute pas de l’option avec son mari ; l’homme s’impose et la femme encaisse. Je crois que nous sommes à l’aube du 21 ème siècle, certaines pratiques sociales doivent être abandonnées afin que les générations futures héritent de nous des habitudes conformes à leur temps ».

Quoiqu’on dise, ajoute t-elle, « un ménage épanouit est un foyer monogame ». Puisant l’exemple du coran qui sert d’argument aux défenseurs de la polygamie, Mme Diop affirme que « Fatima, la fille du prophète est monogame ; c’est une voie à suivre pour tous les musulmans ».

Sur la répression du mariage forcé, les femmes attendent de voir des actes. Car, au Sénégal, la loi qui existe déjà, on marie les jeunes filles à 13-14 ans. Une pratique néfaste pour la santé de la jeune fille. En outre, la question de l’observatoire sur le droit des femmes reste encore entière. Comme quoi, les femmes sénégalaises sont parties pour mener la vie difficile au gouvernement de Abdoulaye Wade.