La chasse aux réfugiés continue à la station du métro Jaurès, à Paris


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Les forces de l’ordre ont de nouveau évacué, ce jeudi matin, aux alentours de 11h00, le camp d’une centaine de réfugiés installés au pied de la station du métro Jaurès, à Paris. Une intervention qui a lieu six jours après le démantèlement musclé d’un précédent camp qui abritait plus de 1000 migrants.

À Paris, au métro Jaurès,

L’ambiance est moribonde ce jeudi matin au pied de la station Jaurès à Paris. On n’entend pas une mouche voler. Il est un peu plus de 11h. Les forces de l’ordre sont déjà présents et l’on peut voir leurs nombreux véhicules et deux de leurs bus qui décorent toute l’allée. Ils encerclent plus d’une centaine de réfugiés, des femmes, dont une enceinte, des hommes, des enfants, originaires pour la plupart d’Afghanistan, du Soudan, d’Ethiopie ou encore d’Erythrée. Les regards et visages fatigués par l’exil permanent, chacun se demande quel sera son sort. Une question que posent aussi depuis le début de l’opération tous leurs soutiens, tels que Nikita, Christine ou encore Florent, qui observent avec attention les moindres faits et gestes des CRS. C’est finalement par petits groupes de dix que les premiers migrants sont contraints de rejoindre les bus de la police qui stationnent sur toute la rue. Ils partent quasiment aussitôt. Selon les premières informations qui filtrent ici et là, tous ceux qui sont montés dans les bus ont été emmenés pour effectuer des contrôle administratifs. Quant aux autres, les forces de l’ordre les incitent à rejoindre l’autre côté du pont, juste en face de l’endroit, où ils campaient. Toutes leurs affaires, y compris leurs couvertures, tout ce qui reste du camp sont très rapidement saisis par la police et les éboueurs appelés en renfort.

Face à la situation Nikita, trentenaire longiligne au regard perçant, qui agace les forces de l’ordre en raison de ces questions incessantes et gênantes, ne cache pas son désarroi. Il informe à tour de rôle ses précieux contacts de l’évacuation, tout en filmant subtilement toute l’opération avec son téléphone portable. « C’est surréaliste ce qui est entrain de se passer ! On marche sur la tête ! Je trouve que c’est même méchant. Ils leur ont tout pris, même leurs couvertures !», affirme-t-il les sourcils froncés. A quelques pas de lui, Christine, qui semble usée par une nouvelle nuit blanche qu’elle a passé à prêter main forte aux réfugiés, ne cache également pas son émotion ni sa colère d’ailleurs. « Vous vous rendez compte, les policiers viennent brutalement d’arrêter un jeune réfugié alors qu’il est très fragile », rouspète-t-elle. Les autres bénévoles, près d’elle, sont tout aussi dépités mais surtout en rogne face à leur impuissance.

« La situation des migrants à Paris est pire que celle de Calais ! »

De son côté Florent, grand brun aux cheveux bouclés, tente tant bien que mal de garder son calme. « Les gens doivent comprendre que la situation des réfugiés de Paris est pire que celle de Calais. Les pouvoirs publics n’ont rien organisé pour les accueillir. Il n’y a aucune structure qui est mise en place pour gérer la situation », fustige le jeune homme, estimant que ce genre d’intervention « sont inefficaces car de toutes les façons les réfugiés reviendront toujours ». La preuve est que le camp précédent, qui a abrité près de 1000 d’entre eux pendant un mois, a été démantelé il y a tout juste six jours !

Depuis le début de la crise migratoire, les camps de réfugiés se multiplient à Paris. Comme un jeu de cache cache ou au chat à la souris, les forces de l’ordre y effectuent régulièrement des descentes, pour les démanteler avant de disperser leurs occupants dans différents centres d’hébergements, pour les plus chanceux. Pourtant les collectifs et associations qui prêtent main forte aux migrants sont unanimes sur le fait que les pouvoirs publics doivent prendre des mesures pour loger dignement « tous ces nouveaux arrivants démunis et régulariser leur situation au plus vite car les laisser dormir dans la rue n’est pas la solution ». D’autant que de nombreuses familles de migrants entrent en France, avec notamment des femmes et des enfants, qui sont les populations les plus vulnérables. Sans compter les mineurs isolés souvent livrés à eux-mêmes.

En attendant, tout porte à croire que la situation n’est pas prête de s’améliorer. Ce soir encore, les réfugiés qui restent au pied de la station de métro Jaurès devront dormir dans la rue. Sans savoir de quoi sera fait demain…

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