La chanteuse congolaise Simbou Vili de retour avec son troisième album « Femme noire » !

Basée à Paris, la musicienne d’origine congolaise Simbou Vili, connue pour ses chansons en vili, sa langue maternelle, s’apprête à sortir son troisième album, « Femme noire ». Un opus de neuf titres.

Ce samedi 04 avril à Paris dans la salle Matières grises chez la journaliste Eugénie Diecky, Simbou Vili fait frémir de plaisirs les invités de Laurent Costode Mackosso venu dédicacer son livre, Le Kouilou, un patrimoine congolais. En une chanson, extraite de son nouvel album Femme noire, la salle est presque conquise. Et pour cause : chez Simbou Vili, la quarantaine révolue, c’est la beauté typiquement vili qui s’exprime sans retenue ; chez elle, la musicalité des mots vili monte telles des volutes de fumées opiacées en arabesques de volupté. Des grappes de supporters trépignent gaiement à l’idée de l’écouter et de la voir à nouveau sur scène. « C’est une joie, un immense plaisir de découvrir que finalement les gens, quels qu’ils soient, s’intéressent à ma musique », chantonne-t-elle de sa voix puissante, qui résonne tels les roulements d’un tam-tam nocturne. Et d’ajouter, philosophe : « Oui, la musique est ce qui transcende nos différences. » Car dans la salle il n’y a pas que des Congolais originaires de sa région natale, Le Kouilou, mais aussi des hommes et des femmes de toutes origines.

Simbou Vili jouit d’autant plus de cet instant qu’elle ne ressent plus l’acmé du travail ayant précédé Femme noire ; elle s’était catapultée à la crête de l’application et de la concentration, sollicitant incessamment ses muscles artistiques, ne comptant que sur l’hypothalamus pour inhiber la douleur que générait Femme noire.

Un album d’une gravité exquise

Oui, reconnaît-elle, difficile était le voyage de la pesanteur à l’apesanteur artistique. Entre les exigences du musicien et arrangeur congolais Théo Blaise Nkounkou, les conseils ô combien précieux du musicien Nyboma Danos Canta et du guitariste Caïen Madoka, Simbou Vili n’a jamais été traversée par la moindre once de renoncement. Bien au contraire, cela lui a donné des forces pour faire naître sa fille, Femme noire. Laquelle comporte neuf titres, dont quatre en vili. Dans Kumulongo, un mot vili qui signifie en français « Etranger », Simbou Vili part du constat qu’une fois à l’étranger, nous devenons étrangers à nous-mêmes et, surtout, à notre point de départ. A l’étranger nos oreilles se bouchent ; nous n’entendons plus les gémissements de ceux des nôtres restés au bercail. Et, loin de verser dans le jugement de valeur, Simbou Vili évoque avec ses mots à elle l’indifférence qui jaillit de nos nouvelles vies dans nos patries d’adoption. Que dire de Kombe Nganda, un autre mot vili qui signifie en français « Nettoyer chez soi ?» Simbou Vili, dans cette mélopée d’une allure polie, nous fait comprendre qu’on n’est jamais témoin mais juge. Ne faut-il pas d’abord nettoyer chez soi avant de juger ou de ne voir chez l’autre que des défauts ?

Férue de philosophie et de sociologie, Simbou Vili est une musicienne de la vie, la vie tout court. Elle est à l’aise aussi bien dans les thèmes philosophiques et sociologiques que dans les thèmes relatifs au tourment amoureux, à la jalousie et à la fidélité. Des titres tels Chéri na ngai, Mon soleil, aux accents tradi-modernes, c’est-à-dire mélangeant, malaxant la tradition et la modernité, déclinent l’amour avec un grand A ; des œuvres qui s’ouvrent avec des points d’exclamation et finissent avec des points de suspension, indicateurs d’une lecture infinie. Oui, la topique de ces titres se décline au présent de la passion, parfois au futur immédiat et toujours au futur utopique. Simbou Vili, brisant la coquille de sa personnalité, aborde dans son œuvre, du reste, la spiritualité, le sens que chacun de nous donne à son existence. Un album complet ! Enfin, presque. « Cet album, je l’ai voulu d’une gravité absolue. Aussi ai-je varié les thèmes », conclut-elle.