La Chambre de commerce de Paris contre le tabou de l’immigration zéro

Plus de pragmatisme. Moins de dogmes. Tel est l’esprit d’un récent rapport de la chambre de commerce et d’industrie de Paris. Rapport qui préconise une ouverture limitée des frontières. Interview de l’auteur d’un document suscitant les passions dans le microcosme des décideurs français.

Bruno Weber est responsable de la Commission du travail et des questions sociales de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Il préconise plus de consultation des patrons de la part des pouvoirs publics lors de la délivrance des visas de travail. Une ouverture des frontières  » maîtrisée, limitée, ciblée et temporaire  » est possible et même  » souhaitable « , affirme l’auteur d’un rapport sur les difficultés de recrutement qui a fait bondir la classe politique française.

Afrik.com : Dans votre rapport on lit que les critères de délivrance des visas de travail ne sont pas assez souples. Une façon de dire que les employeurs français veulent que la France réouvre ses frontières ?

Bruno Weber : Nuançons. On a essayé de montrer que les critères d  » opposabilité  » de l’emploi ne sont pas assez fins et que les autorités compétentes devraient prendre plus en considération ce que disent les professionnels. Sur les questions de l’emploi et des politiques de recrutement, les décisions sont prises de façon trop administrative. Il y a dans notre pays un certain aveuglement dicté par des débats de société et des considérations politiques. Cela étant, nous n’avons pas voulu appeler à une politique d’immigration massive comme je l’ai lu dans la presse. Ca n’a pas de sens. Nous préconisons seulement une politique moins dogmatique en la matière et une ouverture limitée qui viendrait compléter les différentes politiques menées pour pallier les difficultés de recrutement que rencontrent certaines professions. Outre le fait qu’elles doivent être ciblées sur certains métiers très qualifiés, ces politiques devraient être temporaires et axées sur des accords bilatéraux avec les pays de départ.

Afrik : Les pays du tiers-monde qui font un effort de formation ne risquent-ils pas d’être réduits à financer la formation des entreprises du Nord ?

Bruno Weber : Cela dépend. On peut dépouiller les Etats de leurs élites, ou, comme, je vous l’ai dit, mener des politiques bilatérales sur le mode gagnant/gagnant. Un diplômé a besoin également d’expérience. Or, nombre de pays du Sud affichent un taux de chômage record de leurs jeunes diplômés. Pourquoi ne pas imaginer un partenariat permettant à ces derniers d’acquérir un bagage en France dont il feraient bénéficier leurs pays d’origine quand ils rentreront ? Nous sommes convaincus que de nouvelles politiques d’immigration, non massives, temporaires, maîtrisées sont possibles – et même souhaitables pour notre économie.

Afrik : En effet, vous ne vous contentez pas de préconiser l’ouverture, vous appelez les pouvoirs publics à se montrer attractifs.

Bruno Weber : La plupart des pays industrialisés mènent des politiques de ce type, sans tabous, pour soutenir la croissance. A commencer par les Etats-Unis. En Europe, l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne essaient d’attirer les cerveaux. Ces pays ne rencontrent pas des problèmes d’immigration insurmontables par rapport à la France. Certes, il ne suffit pas de faire venir les gens, il faut aussi les insérer, scolariser les enfants etc. Mais lorsqu’il s’agit d’une main d’oeuvre qualifiée, donc éduquée, dans un contexte d’immigration limitée, les difficultés ne sont pas les mêmes.

Afrik : Ne peut-on pas comprendre les politiques lorsqu’il vous renvoient aux chiffres du chômage ?

Bruno Weber : Il y a encore 2, 5 millions de chômeurs en France. Mais le fait est qu’il y a un brusque besoin d’ingénieurs en informatique et dans les métiers pointus. Soit le système de formation parvient à suivre soit il faut aller chercher ces compétences ailleurs.

Afrik : Qu’est-ce qui empêche les syndicats patronaux de les financer un peu plus, ces systèmes de formation ?

Bruno Weber : (Rire) Là, c’est un autre débat. Mais, il ne faut pas se tromper sur le rôle de notre service au sein de la Commission du travail et des questions sociales. Ca m’a fait mal de lire dans la presse que le rapport avait été piloté par le Medef (principal syndicat patronal français. Ndlr), comme si le pluralisme patronal n’existait pas. Quand nous menons des études pour le Medef, c’est écrit en grosses lettres sur le rapport.