La CEDH condamne l’Italie pour mauvais traitements envers des migrants à Lampedusa

La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a condamné, ce mardi, l’Italie, pour les mauvais traitements infligés à des migrants tunisiens en rétention sur l’île de Lampedusa avant d’être expulsés vers la Tunisie, en 2011.

L’Italie est dans le viseur de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). Cette dernière a condamné, ce mardi 1er septembre 2015, l’Italie pour les conditions dans lesquelles des migrants tunisiens avaient été placés en rétention sur l’île de Lampedusa avant d’être refoulés collectivement vers la Tunisie, en 2011. La Cour européenne des droits de l’Homme a jugé que « les conditions dans lesquelles ils avaient été placés en rétention dans un centre d’accueil de Lampedusa avaient porté atteinte à leur dignité et critiqué la légalité de leur détention, puis de leur expulsion ».

La CEDH avait été saisie par trois ressortissants tunisiens. Elle a justifié sa décision en invoquant l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme qui interdit les traitements inhumains ou dégradants. L’institution européenne a tout même rappelé que l’Italie a dû faire face, au moment des faits, à un afflux massif de migrants sur son sol; 55 300 migrants ont débarqué sur l’île de Lampedusa durant le printemps arabe. L’arrêt de la CEDH peut faire l’objet d’un appel par l’Italie.

La Cour a condamné Rome à verser aux trois ressortissants tunisiens : Saber Ben Mohamed Ben Ali Khlaifia, Fakhreddine Ben Brahim Ben Mustapha Tabal et Mohamed Ben Habib Ben Jaber Sfar, respectivement âgés de 28, 24 et 23 ans à l’époque, 10 000 euros chacun au titre du dommage moral. Arrivés à Lampedusa en septembre 2011, les trois hommes ont été transportés à Palerme puis placés durant plusieurs jours dans des navires. Après avoir été brièvement enregistrés par le consul de Tunisie, conformément aux accords italo-tunisiens d’avril 2011, ils avaient finalement été expulsés, fin septembre.

Les trois Tunisiens ont vécu dans un centre où les sanitaires et les douches ne comportaient pas de portes, le centre était surpeuplé, ils dormaient à même le sol avec un accès limité à l’eau courante. La Cour a considéré que les requérants ont fait l’objet d’une expulsion collective, ce qui est contraire à la Convention européenne des droits de l’Homme.

L’organisation internationale pour les migrations (OIM) a annoncé, ce mardi, que plus de 350 000 migrants ont traversé la Méditerranée depuis le début de l’année. Plus de 2 600 d’entre eux ont perdu la vie en Méditerranée en voulant rejoindre l’Europe. Désormais, c’est par les routes que les migrants cherchent à tout prix à rejoindre le continent européen qu’ils considèrent comme un eldorado.