La cécité des rivières peut être éliminée


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Onchocercose, ou la cécité des rivières © Pak Sang Lee
Onchocercose, ou la cécité des rivières © Pak Sang Lee

L’élimination de la « cécité des rivières » est réalisable : une étude de l’OMS montre que certaines régions du Mali et du Sénégal n’ont plus besoin d’un traitement de masse.

Les premières données selon lesquelles l’élimination de l’onchocercose est réalisable au moyen du traitement par l’ivermectine ont été publiées aujourd’hui dans le revue en accès libre Neglected Tropical Diseases de la Public Library of Sciences. L’onchocercose est également appelée cécité des rivières car la simulie qui transmet la maladie se reproduit dans les rivières ; la maladie rend souvent aveugle mais entraîne également une forme cutanée débilitante. Plus de 37 millions de personnes, qui vivent souvent dans des communautés rurales pauvres d’Afrique, sont infectées.

Pour Uche Amazigo, Directeur du Programme africain de lutte contre l’onchocercose (APOC), « Ces nouvelles données marquent une étape historique – elles ont des répercussions considérables pour la lutte contre la maladie. Avant cette étude, nous ne savions pas si nous serions un jour capables d’arrêter le traitement ». L’APOC est l’organisation chargée de mettre en oeuvre la lutte contre la maladie dans toute l’Afrique.

L’étude multipays a montré que le traitement par l’ivermectine avait permis de stopper les nouvelles infections et la transmission dans trois zones particulières d’Afrique où la maladie n’avait jamais cessé de sévir (zones d’endémie).

Le combat contre la cécité des rivières

L’ivermectine tue les larves mais pas les vers adultes d’Onchocerca volvulus, le parasite responsable de la maladie, ce qui fait que des traitements annuels ou semestriels sont nécessaires pour prévenir toute résurgence. Merck & Co. Inc., la société qui a découvert et qui fabrique le médicament, a accepté en 1987 de fournir le médicament gratuitement aux pays où l’onchocercose est endémique. C’est ainsi que toutes les personnes à traiter ont pu faire l’objet de traitements annuels – plus de 60 millions de personnes ont été traitées dans 26 pays africains en 2008. Mais, bien que ce traitement de masse ait permis de maîtriser l’onchocercose en Afrique, on ne savait pas s’il permettrait aussi d’éliminer l’infection et la transmission au point que le traitement par l’ivermectine pourrait être arrêté en toute sécurité. De nombreux scientifiques doutaient que l’élimination de l’onchocercose par l’ivermectine soit réalisable en Afrique, où sont dénombrés plus de 99% des cas.

Cette nouvelle étude menée dans trois régions du Mali et du Sénégal où l’onchocercose sévit à l’état endémique apporte donc les premières preuves de la faisabilité de l’élimination de l’onchocercose au moyen de l’ivermectine dans certaines régions d’endémie d’Afrique. On pensait auparavant que l’élimination de l’onchocercose n’était possible que dans des régions limitées, et isolées des Amériques où la maladie est endémique. Toutefois, les études ont montré qu’après 15 à 17 ans de traitement semestriel ou annuel, seules quelques infections subsistaient dans la population humaine. Les niveaux de transmission étaient inférieurs aux seuils prévus pour l’élimination, aussi le traitement a-t-il pu être par la suite arrêté dans les zones d’essai et des évaluations de suivi menées au bout de un an et demi à deux ans ont montré qu’aucune nouvelle infection ou aucune transmission n’était survenue.

Besoin de plus d’études

Même si des études complémentaires seront nécessaires pour déterminer dans quelle mesure ces constatations peuvent être extrapolées à d’autres régions d’Afrique, le principe de l’élimination de l’onchocercose grâce au traitement par l’ivermectine a été établi. Le Dr Robert Ridley, Directeur du TDR, le Programme spécial de recherche et de formation concernant les maladies tropicales (qui a coordonné l’étude), a déclaré : « Il s’agit d’un excellent exemple de la façon dont ce type de recherche peut non seulement apporter des réponses importantes à des problèmes de santé majeurs, mais également aider avec ce type de partenariat à développer des capacités de recherche dans des pays à revenu faible. »

Grâce à l’étude, le Conseil de l’APOC a déjà adopté comme nouvel objectif de déterminer où et quand le traitement pourrait être arrêté sans danger dans les 16 pays africains où le Programme soutient des campagnes de traitement de masse par l’ivermectine.

Les études ont été entreprises par des équipes de recherche des Ministères de la Santé du Mali et du Sénégal, en collaboration avec le Centre de surveillance pluripathologique de l’OMS au Burkina Faso. L’étude a été principalement financée par la Fondation Bill & Melinda Gates. Cette étude a été coordonnée par le TDR, le Programme spécial de recherche et de formation concernant les maladies tropicales, programme coparrainé par l’UNICEF, le PNUD, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Le TDR a mené une grande partie des recherches antérieures destinées à établir que le médicament était sans danger et efficace. Le partenariat avec Merck & Co. Inc, le MECTIZAN Donation Program, l’OMS, l’APOC et les programmes nationaux de lutte, est considéré comme un modèle précoce des nombreux partenariats public-privé qui ont ensuite essaimé au cours de la dernière décennie.

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