La campagne agricole du Maroc en forte baisse

La production céréalière 2004-2005 du Maroc accuse une baisse de plus de 50% par rapport à l’année dernière à cause d’un grave déficit pluviométrique. Le gouvernement devrait bientôt lancer un programme de mesures pour faire face à une situation jugée « difficile » mais pas « catastrophique ».

Par Smahane Bouyahia

Selon les résultats prévisionnels annoncés par le ministère marocain de l’Agriculture et du développement rural, la campagne agricole 2004-2005 affiche une baisse de 57% par rapport à la campagne précédente, et 35% par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Une situation que le ministre de l’Agriculture et du développement rural, Mohand Laenser, juge « difficile » mais pas « catastrophique ». Ce n’est pas la première fois que le Maroc fais face à un tel cas de figure, et déjà, le gouvernement offre des mesures pour palier les problèmes liés à la sécheresse.

Une campagne marquée par de mauvaises conditions climatiques

Les mauvaises performances de l’agriculture céréalière marocaine s’expliquent, cette année, par une sécheresse qui touche, la quasi-totalité du territoire, mais de façon inégale. Les régions les plus affectées sont celles de Zaer-Zemmour, Basse Chaouia, Abda Doukkala, Ouardigua, Tadla, Chiadma-haha, la région Nord-Est et Souss, soit une superficie de 31% de la superficie totale semée (près de 5,1 millions d’hectares). Le déficit pluviométrique est estimé à 37% par rapport à l’année précédente. Fin mai, le cumul pluviométrique moyen du pays ne dépassait pas les 227 mm alors qu’à la même période, il atteignait une moyenne de 357 mm.

Le Maroc, pourtant spécialiste des pluies artificielles en Afrique, notamment dans des pays comme le Sénégal et le Burkina Faso, n’a pas encore eu recours à cette pratique permettant d’améliorer la pluviométrie dans les zones déficitaires. Une méthode qui a fait ses preuves au Burkina. Du côté du ministère marocain de l’Agriculture, on rapporte que jusqu’à présent le Maroc n’a pas eu besoin d’utiliser le système de pluies artificielles. Monsieur Felloune, responsable du service des céréales au sein du ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, contacté par Afrik.com, explique « qu’un programme sera bientôt lancé. Il consistera à améliorer l’approvisionnement en eau dans les zones rurales, et à sauvegarder le cheptel, avec notamment la suppression des taxes et droits de douanes sur l’orge importé (…) L’approvisionnement en eau potable consistera à aménager des points d’eau, creuser des forages, approfondir des puits déjà existants et augmenter le transport de l’eau en camion citerne », souligne-t-il.

« Les céréales ne représentent que 30% de l’ensemble de la production agricole »

Les chiffres, bien qu’inquiétants, ne sont pourtant pas alarmistes. Mohand Laenser a rappelé à l’Agence marocaine de presse (MAP) que « les céréales ne représentent que 30% de l’ensemble de la production agricole » du pays. « Nous avons vécu une campagne similaire en 2001. Le Maroc a toujours importé des produits céréaliers des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Cette année, le coût des importations sera plus important. Pour ma part, j’estime qu’elles s’élèveront à environ 5 millions de tonnes de céréales, dont 2,3 millions de tonnes en blé tendre importées de l’Union Européenne et des Etats-Unis », confie M. Felloune.

« Cette mauvaise campagne agricole aura des conséquences sur le PIB (produit intérieur brut) mais surtout sur le PIB agricole. Les petits agriculteurs, au nombre de 100 000, verront leurs crédits annulés. Les poursuites contre ceux qui n’auraient toujours pas payé leurs arriérés ou les intérêts bancaires seront, eux aussi, supprimées. Seuls les agriculteurs possédant une assurance recevront des indemnités », souligne M.Felloune. Ces mesures coûteront à l’Etat environ 3 milliards de dirhams (272 millions d’euros). Par ailleurs, le ministère de l’Agriculture souhaite que les exploitants se tournent plus vers la culture de l’olivier, du caroubier ou de plantes biologiques Pour les encourager, une somme de 3,5 milliards de dirhams (317 millions d’euros) sera débloquée dans les mois à venir.