L’Union africaine au chevet de la Libye

La délégation de l’Union africaine (UA) entame ce lundi, à Benghazi, les pourparlers avec les insurgés libyens pour une éventuelle sortie de crise. Si Mouammar Kadhafi a accepté la feuille de route qu’elle lui a proposé hier, rien n’est moins sur pour la rébellion. Elle exige le départ du « Guide » avant tout cessez-le-feu.

La balle est dans le camp des rebelles. Le colonel Mouammar Kadhafi a accepté la feuille de route proposée hier par les chefs d’Etat de l’Union africaine pour une sortie de crise pacifique. Mais la tâche risque d’être ardue. Les insurgés, qui ont posé leurs conditions pour un cessez-le-feu, exigent le départ du Guide libyen et le retrait de ses troupes. Gouma al Gamati, représentant en Grande-Bretagne de l’opposition libyenne, a affirmé ce matin sur la BBC qu’aucun accord ne serait envisagé sans le départ de Mouammar Kadhafi. Une revendication réitérée à l’agence de presse britannique Reuters par Mustafa Gheriani, un porte-parole des insurgés. « Le peuple libyen a insisté sur le fait que Kadhafi devait démissionner mais nous examinerons la proposition une fois que nous aurons eu davantage de détails et nous y répondrons », a-t-il toutefois indiqué.

La délégation africaine, composée de Jacob Zuma (Afrique du Sud – il a quitté le sol libyen aujourd’hui), Amadou Toumani Touré (Mali), Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie) et Denis Sassou Nguesso (Congo), ainsi que du ministre ougandais des Affaires étrangères, Henry Oryem Okello, est arrivée ce matin à Benghazi pour entamer les négociations avec le Conseil national de transition, qui représente la rébellion. Elle a été accueillie dimanche après-midi par Mouammar Kadhafi dans sa résidence de Bab al-Aziziya à Tripoli. Elle était surtout venue plaider l’arrêt des combats. Jacob Zuma, a annoncé qu’un «appel sera lancé à l’OTAN pour qu’il cesse ses bombardements afin de donner une chance à un cessez-le-feu».

La question du départ en suspens

La question du départ du « Guide », qui n’a toujours pas été résolue, risque d’entraver les négociations. Or, elle est pour les insurgés la condition sinequanone pour une éventuelle sortie de crise. «Pour être franc avec vous, il y a eu des discussions avec le leader. Mais je ne peux pas parler de ces discussions. Il faut garder la confidentialité», a déclaré le Commissaire à la paix et la sécurité de l’UA, Ramtan Lamamra. Selon lui, la feuille de route prévoit pour le moment la «cessation immédiate des hostilités», la facilitation de l’acheminement de l’aide humanitaire aux populations et le lancement d’un dialogue «entre les parties libyennes». De plus, la période de transition devra être accompagnée de « réformes politiques nécessaires pour l’élimination des causes de la crise actuelle, en prenant en considération les aspirations légitimes du peuple libyen pour la démocratie, la justice, la paix et la  sécurité, de même que le développement économique et social ».

Sur le terrain, les combats font rage. Ils ont été particulièrement violents samedi et dimanche entre les forces loyalistes et les rebelles dans la ville d’Ajdabiya, où 12 personnes ont péri et 17 ont été blessées. De même dans l’ouest, à Misrata, où les affrontements ont fait 11 morts. La ville tombée aux mains des rebelles, ne connait plus de répit. Elle est assiégée et bombardée depuis un mois et demi par les forces de Kadhafi.

« Pas de solution militaire »

L’OTAN qui prête main aux rebelles, a annoncé à Bruxelles avoir détruit au moins 26 chars des troupes gouvernementales dimanche : 12 près d’Ajdabiya, et 14 près de Misrata. Mais la situation dans ces deux villes est «désespérée pour les Libyens qui sont brutalement bombardés par le régime», selon le général Charles Bouchard, commandant de l’opération «Protecteur unifié». Un autre responsable de l’OTAN a, lui, assuré que les bombardements de l’Alliance continueraient «jour et nuit» pour désarmer le régime.

De son coté, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a annoncé ce lundi que les conditions d’un cessez-le-feu doivent être « crédible et vérifiable ». Il a estimé qu’il n’y avait « pas de solution militaire au conflit libyen » et qu’il fallait une solution politique, dans une interview accordé au magazine allemand, Der Spiegel, qui paraît ce lundi. Ce sera « aux Nations Unies (l’ONU) d’aider la Libye. L’intégralité territoriale de la Libye doit à tout prix être maintenue », a-t-il ajouté.
La sortie de crise semble loin d’être assurée….