L’ulcère du Buruli traité par antibiotiques

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L’ulcère du Buruli est endémique dans le Sud du Bénin, où le climat tropical favorise la propagation de cette maladie mycobactérienne. Depuis un an, le centre spécialisé de Pobè traite ce mal avec des antibiotiques, ce qui permet de réduire le nombre d’interventions chirurgicales pour guérir cette infection qui ronge la peau et même les os. Le Docteur Annick Chauty, médecin chef de la structure, revient sur le fonctionnement de cette nouvelle forme de prise en charge.

Des antibiotiques pour soigner l’ulcère du Buruli. Cette maladie mycobactérienne de la peau, qui provoque des lésions très profondes et peut même endommager les os. Elle est répandue dans les zones tropicales africaines à cause de l’humidité, qui favorise le développement du germe dont la puce d’eau est un vecteur de propagation. Un traitement à base d’antibiotiques testé au Ghana, sous la houlette de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), s’est révélé efficace sur les petites lésions. La combinaison prometteuse de streptomycine et de rifampicine permet de réduire le nombre d’interventions chirurgicales qui reste le moyen prédominant pour combattre l’ulcère du Buruli. Cette méthode est actuellement utilisée au Bénin dans le centre spécialisé de Pobè (région de Ouéné-Plateau, Sud-Est), soutenu par la Fondation Raoul Follereau. Le Dr Annick Chauty est médecin chef du centre de dépistage et de traitement de l’ulcère du Buruli de cette ville, qui travaille en réseau avec les autres structures de ce type du pays dans le cadre du Programme national de lutte contre l’ulcère de Buruli. Elle explique le fonctionnement de cette nouvelle forme de prise en charge.

Afrik : Comment se répartit l’ulcère du Buruli sur le territoire béninois ?

Annick Chauty :
L’ulcère du Buruli est surtout répandue dans le Sud, où le climat est tropical – ce qui favorise la prolifération du germe et de la punaise d’eau qui transmettent la maladie. Sept cent cinquante nouveaux cas ont été relevés en 2003 dans tout le pays, selon une étude du coordinateur du Programme national de lutte contre l’ulcère du Buruli. Et au premier trimestre 2004, 240 cas ont été relevés. Leur nombre pourrait augmenter étant donné que le travail de dépistage sur le terrain s’intensifie.

Afrik : Quelles sont les populations les plus touchées par la maladie ?

Annick Chauty :
Dans la région de Ouémé-Plateau où nous exerçons, je dirais que les trois-quart des malades sont des enfants de moins de 15 ans qui vivent aux alentours du fleuve Ouémé. Car il est difficile pour les parents, même ceux qui connaissent les risques, de les empêcher d’aller jouer dans l’eau. Pour ce qui est des adultes, il y a des pêcheurs qui ne peuvent pas faire autrement que d’avoir un contact avec une eau à risque.

Afrik : Où en est la prévention dans le pays ?

Annick Chauty :
Le gouvernement béninois a commencé les mesures de prévention en 1998, mais il reste l’un des pays pionniers sur le Continent. Les radios locales et la télévision relayent des informations et nous participons à faire connaître les premiers signes de la maladie pour un dépistage précoce. Mais nous connaissons des problèmes car, si nous savons quel germe cause la maladie et que la punaise d’eau en est un vecteur, les modes de contaminations sont encore flous.raoul-2.jpg Certains conseillent aux pêcheurs de mettre des pantalons et des chemises à manches longues pour se protéger, mais le problème est que d’autres estiment que les punaises d’eau qui se retrouvent emprisonnées sous les vêtements piquent encore plus. Nous conseillons aux gens qui ont eu un contact avec une eau à risque de toujours se laver avec l’eau d’une pompe, lorsqu’il y en a une à proximité, pour bien enlever tous les germes. Mais à cause du manque d’infrastructures, certains n’ont pas les moyens de se laver ailleurs que dans des rivières qui peuvent être contaminées.

Afrik : Les efforts de prévention fonctionnent-ils ?

Annick Chauty :
Ils ont un impact certain car après le passage d’une émission, des gens sont venus de très loin pour nous consulter.

Afrik: Le traitement par antibiotiques est nouveau. Comment se passe-t-il ?

Annick Chauty :
L’OMS recommande de les administrer aux patients 30 jours avant l’éventuelle prise en charge chirurgicale, si elle est nécessaire. La prise des antibiotiques doit être faite uniquement de façon supervisée par du personnel compétent, sous la responsabilité des Centres de dépistage et de traitement de l’ulcère du Buruli. Ces derniers confirment les diagnostics en examinant les malades et les prélèvements envoyés au laboratoire de référence. Ceci afin de suivre l’impact de ce nouveau traitement et d’en prévenir un mauvais usage, qui risquerait de créer des résistances. Si les patients n’ont pas besoin de chirurgie, ils reçoivent encore 30 autres jours supplémentaires de traitement. Si ils ont besoin de chirurgie, elle se fait encadrée par ces antibiotiques.

Afrik : Avez-vous un rôle de formation sur le terrain ?

Annick Chauty :
L’ulcère du Buruli existe depuis longtemps, mais n’est pas très connu. Il ne fait d’ailleurs pas partie du cursus d’enseignement des personnels de santé. Alors nous leur apprenons à reconnaître cette maladie. Car il y a notamment beaucoup d’ulcères tropicaux qui provoquent des plaies qui ressemblent à celles de l’ulcère du Buruli.

Afrik : En quoi consiste votre travail dans le cadre de cette nouveau traitement ?

Annick Chauty :
Nous passons dans des centres de santé où des infirmiers sont déjà formés pour dépister les formes précoces de la maladie, auxquels nous apportons une aide logistique et matérielle pour traiter la maladie. Nous fournissons du matériel, la streptomycine et la rifampicine, calculons les doses à administrer et établissons une fiche de suivi. Nous passons toutes les semaines pour voir s’il y a de nouveaux cas et faire une évaluation des malades que nous avions déjà vus, car au moment de la prise en charge, la maladie en est à ses tout débuts. Un mois après le début du traitement antibiotique, qui stabilise les lésions et tue le germe, nous faisons un point et prescrivons un autre mois d’antibiotiques, car sinon la maladie risque de faire des métastases et d’atteindre les os. Ce qui nécessite notamment un curetage osseux. Dans certains cas les médicaments auront permis la guérison des lésions, dans d’autres, elles se seront ouvertes, nécessitant une chirurgie réparatrice. Dans ce cas, nous emmenons le malade dans notre dispensaire et nous prenons gratuitement en charge son traitement pendant un an. En revanche, pour l’opération, le ministère de la Santé tient à ce que les familles des malades participent un peu financièrement (entre 5 000 et 20 000 FCFA). Mais si une famille n’a pas les moyens de payer, nous opérons tout de même.

Afrik : Comment se passe la convalescence des patients dont les lésions guérissent ?

Annick Chauty :
Il peuvent rester dans leur milieu et continuer à se faire suivre dans le centre de santé de chez eux. Ce qui représente de multiples avantages. Car comme les malades sont majoritairement des enfants cela permet à la mère de ne pas se retrouver immobilisée loin pendant longtemps, ce qui peut léser l’apport en ressources financières du foyer. Par ailleurs, les enfants continuent à aller à l’école normalement et ont un mot d’excuse du centre de santé s’ils doivent s’y rendre pendant les heures de cours. Il n’y a donc pas de retard sur la scolarité.

Afrik : Quels sont les autres avantages des antibiotiques ?

Annick Chauty :
Lorsque le traitement se fait uniquement de façon chirurgicale (par l’ablation de la lésion, suivie d’une intervention chirurgicale), le taux de récidive est de 10 à 15% plus élevé qu’avec une médication précoce par antibiotiques. Par ailleurs, ce nouveau traitement garantit plus de chances de guérison. Il est en plus adapté à la mentalité de la population, qui refuse d’être prise en charge dans un centre loin de chez elle pour ce qu’elle pense être une simple lésion et qui en plus ne la fait pas souffrir.

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