L’UE et le Mali ouvrent le premier centre de lutte contre les migrations clandestines en Afrique

Le Centre d’information et de gestion des migrations a été inauguré aujourd’hui à Bamako. L’objectif affiché est de lutter contre l’immigration clandestine et de permettre le développement des migrations légales. Pour d’autres, il s’agit d’un moyen de supplémentaire de verrouiller les portes de l’Europe.

Préoccupation majeure de l’Europe et enjeu de taille au Mali, la migration a désormais une institution qui lui est dédiée. L’Union Européenne et le Mali inaugurent aujourd’hui le Centre d’information et de gestion des migrations (Cigem) à Bamako. Premier né d’une longue série à venir, semble-t-il, ce centre pilote a pour but « d’assister le Mali à définir une politique migratoire en réponse aux préoccupations des migrants potentiels, des migrants de retour et des expatriés maliens », selon Bruxelles.

Ont assisté à l’inauguration en grande pompe le Président malien Amadou Toumani Touré, Louis Michel, Commissaire européen pour le développement et l’aide humanitaire, ainsi que Brice Hortefeux, Ministre français de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, en qualité de représentant de la Présidence de l’Union européenne.

Financé par le 9ème fonds européen de développement, le Centre recevra 10 millions d’euro sur trois ans. Il dispose désormais de 25 agents chargés de l’accueil, l’information et l’accompagnement des candidats potentiels au départ ainsi que des migrants de retour au pays. Selon Amadou Waigalo, chef du service « Appui opérationnel », le Cigem travaillera en étroite collaboration avec l’ANPE malienne. Il s’agira de « favoriser les migrations légales de travail dans la sous-région et en Europe». Il faudra aussi empêcher les jeunes maliens et autres travailleurs désespérés de prendre la mer au péril de leur vie. « Dissuader la migration illégale vers l’Europe est notre premier but », avoue le nouveau directeur de la Cigem, Abdulaye Konate.

Le Mali est en effet situé au carrefour des routes de migration clandestine et représente une plaque tournante avant les dernières portes maghrébines de l’Europe. Chaque année des milliers de migrants s’embarquent sur des radeaux de fortune pour tenter de rallier l’Europe et n’atteignent jamais les côtes.

Le Cigem, « tour de guet avancée de la Forteresse Europe »

Cible de nombreuses critiques avant même son inauguration, le Cigem ne fédère pas tout le monde, loin de là. Il est qualifié par de nombreuses associations de défense des migrants de « tour de guet avancée de la Forteresse Europe ». Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture au Mali et actuelle présidente du FORAM, Forum pour un autre Mali, y voit « une nouvelle dimension de la « bunkerisation de l’Europe » et rien d’autre que le « machin » de Louis Michel.

Ce serait un moyen pour l’Europe de déléguer le contrôle de ses frontières prétextant une aide à l’Afrique et l’occasion pour les pays accueillant ces structures de capter une nouvelle rente extérieure. Les détracteurs de cette politique européenne voient également dans ces nouvelles structures une possibilité pour l’Europe de trouver de la main d’œuvre à bas coût. La BBC cite l’exemple de l’Espagne qui offre déjà au Sénégal des contrats saisonniers précaires de cueillette ou de ramassage de fruits à pourvoir par les jeunes chômeurs. Le Maroc n’est pas en reste et envoie dans les champs espagnols des travailleuses, rurales et avec enfants, pour s’assurer leur retour.

Pour Aminata Traoré, interrogée par Afrik.com [[interview complète d’Aminata Traoré en ligne dès demain sur www.Afrik.com]], cette politique occidentale est « une réponse sans lien avec les problèmes posés ». Et la présidente du FORAM de conclure : « Un bâtiment de plus ou de moins ne changera rien. La vrai question est de savoir pourquoi les enfants de notre continent partent »

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