L’ONU sanctionnera-t-elle le Zimbabwe ?

Le vote d’un projet de résolution des Etats-Unis condamnant le régime du président zimbabwéen Robert Mugabe devrait se dérouler ce jeudi au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Problème : les Etats membres du Conseil ne sont pas tous d’accord pour sanctionner le Zimbabwe.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a reporté de mercredi à jeudi le vote du projet de résolution américain prévoyant des sanctions à l’encontre du Zimbabwe. Le texte prévoit l’embargo international sur les armes, le gel des avoirs personnels du président Robert Mugabe et de 13 autres membres de son régime impliqués dans l’intimidation de l’opposition lors des élections présidentielles de juin, et une interdiction de se rendre à l’étranger pour ces quatorze personnes.

Ces responsables sont accusés d’avoir « entravé le processus électoral démocratique dans le pays ou participé aux violences, avant la réélection de Robert Mugabe le 29 juin ». Une élection que juge illégitime une partie de la communauté internationale.

« Avec les nouvelles sanctions que nous proposons, avec l’embargo sur les armes que nous proposons également, il ne devrait plus y avoir de refuge sûr et nulle part où se cacher pour la cabale criminelle qui compose aujourd’hui le régime de Mugabe », a affirmé Gordon Brown, le premier ministre britannique cité par Le Nouvel Observateur.

Six membres du Conseil de sécurité hostiles au projet

Pour être adoptée, la résolution doit recueillir au moins neuf voix sur quinze, sans vote négatif de l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, dont la Chine et la Russie font partie. Or, avec quatre autres Etats (l’Afrique du sud, l’Indonésie, la Libye et le Vietnam), ces pays sont hostiles à l’implication du Conseil de sécurité dans la crise zimbabwéenne.

Ainsi, même si la Russie a signé mardi un communiqué du G8 rejetant la légitimité de Robert Mugabe, elle n’est pas sûre de voter les sanctions du Conseil. Moscou estime que la menace de sanctions n’est pas la meilleure façon de régler le problème. Il doit y avoir « des négociations entre les parties impliquées au niveau national, avec la participation de leaders africains », a expliqué Alexandre Pankine, membre de la délégation russe au sommet du G8 dont les propos sont rapportés par RFI.

« Les sanctions ne vont rien résoudre »

La Russie et les autres états hostiles au vote rappellent d’une part que le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas vocation à interférer sur les décisions intérieures d’un pays, d’autre part qu’il n’est compétent qu’en cas de menace pour la paix et la sécurité internationale.

Les contestations ne se font pas entendre uniquement au sein de l’ONU. Le président du Sénégal s’oppose en revanche lui aussi aux sanctions : « Je comprends les Occidentaux qui se doivent de réagir pour leurs opinions, choquées par les images de massacres : ils ne peuvent pas rester sans réaction. Mais, pour nous les Africains, les sanctions ne vont rien résoudre ». Pour Abdoulaye Wade, le Zimbabwe a besoin de temps, pas de sanctions.