L’OMS craint une des pires épidémies de méningite de la décennie

La fin de la saison des pluies en Afrique pourrait déclencher une des plus virulentes épidémies de méningite relevées au cours des 10 dernières années sur le continent, mais la communauté internationale est actuellement mal préparée pour faire face à une épidémie d’une telle ampleur, a prévenu l’Organisation mondiale de la santé (OMS)

Au moins 80 millions de personnes, dans les 21 pays africains – de l’Ethiopie, en Afrique de l’Est, à la Mauritanie, en Afrique de l’Ouest – qui constituent la région souvent appelée la ‘ceinture de la méningite’, pourraient avoir besoin de se faire vacciner cette année, a indiqué l’OMS au cours d’une réunion d’urgence convoquée à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

L’année dernière, il n’y avait que sept millions de doses de vaccin pour toute la région à cause de l’insuffisance des fonds et d’une baisse mondiale de la production de vaccins bon marché utilisés généralement en Afrique, les laboratoires pharmaceutiques européens ayant privilégié la production de nouveaux vaccins offrant une protection plus longue, mais plus onéreux.

Le virus de la méningite, qui atteint généralement des niveaux épidémiques dans la ceinture de la méningite entre décembre et mai, pourrait être particulièrement virulent cette année, à un moment où la région va atteindre le pic du cycle épidémique de méningite de 10 à 12 ans, ont prévenu des experts du secteur de la santé.

« Le nombre de cas de méningite a augmenté au cours des deux dernières saisons, et nous pourrions être confrontés une grave épidémie alors que nous manquons de vaccins », a affirmé le docteur Deo Nshimirimana, conseiller régional pour les maladies évitables par la vaccination au Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique. « Nous devons sensibiliser tout le monde afin d’être prêts en cas d’épidémie ».

Selon certaines estimations, entre 300 et 400 millions de personnes vivent dans la ceinture de la méningite, la plupart d’entre elles se trouvant isolées dans des zones rurales souvent loin des axes routiers ou des centres de santé.

Entre 1995 et 1997, période de la dernière grande épidémie de méningite qui a frappé la région, la maladie avait fait au moins 25 000 morts sur les 250 000 cas déclarés. De décembre à mai 2006, 53 000 cas de méningite ont été relevés dans la région, dont 4 000 mortels.

Les pays touchés par l’épidémie sont généralement très pauvres et leur système de santé est sous-financé. Dans bon nombre de ces pays, les gouvernements comptent sur l’aide des bailleurs de fonds internationaux pour financer leurs infrastructures sanitaires de base, même lorsqu’ils ne sont pas confrontés à une crise.

L’OMS a sollicité 14 millions de dollars auprès des bailleurs de fonds pour financer l’achat de 12 millions de doses de vaccins et de matériel d’injection, et pour couvrir les coûts de transport, de stockage et d’assurance. L’OMS envisage également de renforcer ses dispositifs de surveillance et de diagnostic dans cette région qui compte plusieurs des pays les plus pauvres de la planète.

« Les partenaires ont été très sensibles à notre appel et à l’enjeu », a expliqué M. Nshimirimana. « Ils ont accepté de faire pression au niveau de leur siège ».

Les 12 millions doses – un minimum, selon l’OMS – seront pré-positionnées pour une réponse immédiate en cas d’épidémie. En outre, l’OMS va constituer un stock de sécurité de 500 000 doses de vaccin dans chaque pays de la ceinture de la méningite.

« Je pense que cette réunion est très importante car les budgets des pays africains à eux seuls ne peuvent pas financer la lutte contre la méningite », a indiqué le ministre burkinabè de la Santé, Alain Yoda, dans son discours d’ouverture. Le Burkina Faso, où près de 26 000 cas de méningite, dont 1 732 mortels, avaient été relevés l’année dernière, a besoin de six millions de doses, a précisé M. Yoda.

Chaque année pendant la saison sèche, de décembre à juin, les pays sahéliens semi-arides sont frappés par une épidémie de méningite déclenchée par les vents de sable et les nuits fraîches, qui rendent les personnes plus vulnérables aux infections respiratoires. La bactérie de la méningite se transmet par les éternuements et la toux.

La méningite est une infection de la fine membrane enveloppant le cerveau et de la moelle épinière. En général, cinq à 10 pour cent des patients atteints de la maladie succombent dans les 24 à 48 heures suivant l’apparition des premiers symptômes et bon nombre de ceux qui s’en sortent présentent de graves séquelles neurologiques, une perte de l’ouïe et des troubles de l’apprentissage.

Parmi les participants à la réunion de Ouagadougou figuraient le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Service de l’aide humanitaire de la Commission européenne, l’Agence américaine pour le développement international (USAID), Médecins sans Frontières, la Banque mondiale et le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies.

Source Irin