L’oeuvre patchwork d’Abou Diallo

Le jeune peintre malien Abou Diallo mélange collages, détournements d’images et patchworks. Il utilise l’acrylique et l’huile au même titre que le café. Un univers coloré et inventif à découvrir d’urgence.

L’appartement d’Abou Diallo croule sous ses oeuvres. Du sol au plafond, pas un pan de mur vierge.  » Je ne sais plus où les mettre !  » plaisante le jeune malien de 31 ans. Du canapé aux rideaux, en passant par les tableaux, une palette de couleurs domine : jaune, orange, rouge. Des tons ocres pour un univers chaleureux et créatif.

Débarqué de son Bamako natal à 13 ans, Abou passe par les Arts Décoratifs de Paris avant de se lancer dans une carrière de peintre.  » J’aimerais bien vivre au Mali mais il faudrait que je fasse autre chose ! Non seulement le matériel est difficile à trouver mais surtout, même s’il y a de plus en plus de peintres maliens, cette activité n’est pas inscrite dans la culture du pays. Je n’aurais pas pu laisser éclater mon art de la même façon là-bas. Lorsque j’expose au Mali, les gens ne comprennent pas vraiment ce que je fais. Ils sont très surpris.  »

Il y a de quoi. S’il ne parle pas de  » périodes « , on distingue tout de même dans le travail d’Abou des expressions très différentes : de grands formats abstraits, des  » tableaux-patchwork « , des tablettes coraniques reconverties, des collages. Il travaille à l’instinct, guidé par des sentiments parfois violents.

Multiplication des têtes

Pour une série d’une dizaine de tableaux par exemple, il a exceptionnellement utilisé des couleurs plus froides.  » Dans les années 90, des moines ont été massacrés en Algérie. Cela m’a beaucoup marqué. J’ai commencé par peindre une tête, puis plus j’avançais, plus je rajoutais des têtes. Jusqu’à quinze. C’est la première fois que je travaillais sur un sujet d’actualité.  »

Pour les grands formats, Abou crée d’étonnants tableaux-patchwork.  » Je prépare des fonds avec du papier de soie, sur lesquels je dessine directement, sans faire de croquis. Je reviens cinq ou six fois sur chaque petit carré et cela prend du temps. Le papier de soie étant très fragile, il faut le laisser sécher entre chaque opération.  » Les petits dessins sont ensuite collés sur une grande toile de coton, support qui sert normalement pour les bogolans et qu’Abou utilise brut.

 » Je mélange les dessins sur papier de soie avec des éléments que je ramasse : des plumes d’oiseau, des bouts de pellicules photo ou de miroirs, des clous, du carton.  » Pour  » Tea time in Sahara « , il a collé des sachets de thé et pour  » Hommage « , il s’est inspiré des motifs de Gustav Klimt. Un mélange étonnant et original sans véritable ligne directrice. Abou préfère se laisser guider par l’harmonie des tons et des dessins pour ses assemblages.

Couleur café

Il travaille aussi des tablettes utilisées dans les écoles coraniques maliennes. Côté face : ses dessins. Côté pile : les inscriptions du Coran, tenaces.  » Ce qui m’intéresse le plus dans ce support : la forme, le touché du bois. Ce sont des bois très vieux, patinés, utilisés et réutilisés « . Abou utilise l’huile, l’acrylique, des pigments naturels qu’il ramène du Mali et … le café.  » Ces derniers temps, j’utilise beaucoup le café moulu à même la toile. J’en aime l’odeur, la matière, la couleur gris-noir « .

Ses origines peules remontent parfois à la surface au détour d’une série centrée sur les taureaux et les vaches. Le plus souvent, pourtant, Abou reste dans l’abstrait  » Je ne sais pas dessiner. Je suis incapable de bien rendre une pomme « , avoue-t-il dans un sourire. Le peintre récupère les choses pour mieux les travestir, les détourner de leur sens premier. Il a réalisé une toile à partir de cartes téléphoniques collées, peintes, grattées. Pour son patchwork  » Regard « , il a découpé et trafiqué des sacs de plastique, inspiré par la publicité, la société de consommation et les magazines en tout genre, qu’il dévore.

Modeste, il laisse parler ses oeuvres. A défaut d’utiliser le verbe, il préfère se servir du pinceau, et cherche à  » faire passer la chaleur, l’émotion  » dans ses toiles. En toute simplicité.

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