l’illusion des quotas ethniques

En réclamant des quotas ethniques à la télévision, le Collectif pour l’égalité, et ses têtes de file, Dieudonné, Calixthe Beyala et Luc Saint Eloy, ont le mérite de lancer un pavé dans la mare des hypocrisies gauloises : non, la patrie des droits de l’Homme n’accorde pas la même chance à un Noir qu’à un Blanc.

La discrimination à l’embauche est un mal endémique qui exerce depuis longtemps son emprise sur la totalité des rouages de l’économie française. L’enquête remarquable de par son courage et la qualité du travail fourni, du sociologue Philippe Bataille, a révélé aux élites ce que les jeunes Français d’origine africaine vérifient tous les jours à leurs dépens.

Les hommes politiques, journalistes, et intellectuels qui défendent un  » modèle  » d’intégration républicaine, au point de nier les discriminations dont sont victimes les citoyens noirs et beurs, font preuve au mieux d’irresponsabilité, au pire, de lâcheté.

Mais entre l’incantatoire légitimisme républicain – en fait un emplâtre sur une jambe de bois – et les quotas, il y a tout l’espace nécessaire sinon à une réflexion intelligente, du moins à une conscience inventive. Loin de moi l’idée d’affirmer que les propos des défenseurs des quotas ethniques doivent être modérés – les dirigeants français doivent cesser de masquer ou de minimiser une réalité capable de porter un coup fatal à leur démocratie.

Mon souci est d’affirmer ici que ceux qui croient que les quotas ethniques, à la TV ou ailleurs, constituent un embryon de solution, se gourent gravement — et ce en dépit des sympathies personnelles que j’ai pour eux.

Je reste perplexe quand Dieudonné déclare dans Afrik.com, que pour deux Blancs tués au Zimbabwe, trois Noirs sont assassinés aux USA, et qu’en même temps certains de ses compagnons de lutte invoquent le modèle anglo-saxon, comme une panacée.

A la TV américaine, justement, les quotas ont consacré une version politiquement correcte de la discrimination : les Noirs, quand ils ne sont pas confinés dans des seconds rôles, y sont tantôt représentés comme des  » home boys  » grotesques (Eddie Murphy) tantôt comme des apprentis Wasp convenables (Cosby Show).

Petite question au métis Dieudonné : est-ce que tu as déjà vu dans les séries pour teen-agers yankees un couple de bellâtres noir et blanc échanger leurs chewing-gums dans un baiser passionné ? Moi, non. A la TV américaine respectueuse des quotas on ne s’aime pas en couleur.

J’en profite pour rappeler que l’octroi de droits spécifiques aux composantes ethniques a constitué un point essentiel des administrations coloniales, et que le régime d’Apartheid en avait fait le pilier de sa politique raciste : les tueries entre  » frères noirs « , zoulous et xhosas, constituant parmi les épisodes les plus sanglants d’un régime qui sut parfaitement diviser pour mieux régner. Désolé, je ne marche pas.